Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Jean Lave, de l’apprentissage situé à l’apprentissage aliéné

Introduction

Jean lave est anthropologue de formation (PhD 1968). Elle est une figure importante du paradigme de l’apprentissage situé, co-inventrice de la notion de communauté de pratique avec Etienne Wenger (1991).

Après avoir mené des recherches sur les modalités d’apprentissage des tailleurs au Libéria ou l’usage quotidien des mathématiques, elle explore les conséquences d’une nouvelle théorie sociale de l’apprentissage. Elle travaille sur les notions d’identité et de vie quotidienne en se confrontant aux cultural studies sans toujours incrire ces recherches dans le champ de l’apprentissage.

Les origines

Appartenant au courant représenté par Barbara Rogoff ou Patricia Greenfield, elle a développé une psychologie cultutrelle à partir d’une critique de l’application du modèle piagétien à des situations non-occidentales et en joignant les perspectives proposées par l’école russe (Vigotsky, Leontiev…).

C’est par le bais d’une étude sur le métier de tailleur au Libéria, qu’elle va confronter les mathématiques issues de l’école  et celles provenant même de la pratique du métier. Sa vision sur l’école va alors changer : « Comme l’arithméthique des tailleurs, l’arithémtique apprise à l’école est un système fonctionnel au sein duquel certains types de problèmes sont familiers et aisdément résolus et d’autres non. » (Lave, 1977, p.180). Elle ne considère plus l’école l’école comme le modèle, la norme de l’apprentissage, mais une situation culturelle parmi d’autres, l’apprentissage traditionnel apparaissant comme un autre lieu de l’apprendre (Brougère, 2008, p.50)

Dans Cognition in practice (Lave, 1998), elle s’intéresse à l’usage quotidien des concepts mathématiques (Au supermarché, pour planifier un repas…) pour analyser le sens donné aux apprentissages scolaires. La notion d’activité située dans cet ouvrage est importante car la cognition apparait comme située, la personne n’est pas construite isolément mais incorporée dans un contexte culturel (Ibid., p.181). Du point de vue de l’apprentissage, elle s’oppose à la transmission au profit d’un intérêt porté à « l’expérience directe » (Ibid., p183). Elle emprunte à Bourdieu la notion de pratique incorporée (l’equisse d’une théorie de la pratique, 1972) pour son analyse sur la cognition située.

L’apprentissage situé et les communautés de pratique

L’ouvrage co-écrit avec Wenger en 1991 propose une théorie sociale de l’apprentissage conçue comme une participation à des pratiques. L’apprentissage est pensé comme lié à une posture de « participation légitime périphérique » dans des activités définies par leurs dimensions sociale et culturelle (Brougère, 2008).

« L’apprentissage en tant qu’activité située a comme caractéristique définitionnelle centrale un processus que nous appelons participation légitime périphérique Par cela, nous voulons attirer l’attention sur le point que les apprenants participent inévitablement à des communautés de praticien et que la maîtrise de la connaissance et des habiltetés requière du nouveau venu qu’il se déplace vers la participation pleine dans la pratique socioculturelle de la communauté(…) Cela concerne la processus par lequel les nouveaux venus deviennent partie prenante de la communauté de pratique .» (Lave et Wenger, 1991, p.29, in Brougères 2008, p.52)

En résumé, « Apprendre c’est, à travers une participation modulée selon la place occupée, un processus qui consiste à devenir (et à être reconnu) membre d’une communauté de pratique. Celle-ci est à la fois l’objectif et le moyen de l’apprentissage, à ceci près que le processus n’est pas forcément vécu comme apprentissage, mais plutôt comme une intégration. On ne peut séparer l’apprentissage de l’ensemble de la pratique sociale » (Brougère, 2008, p.52). Pour Lave et Wenger, l’instruction intentionnelle n’est pas la seule source ou la cause de l’apprentissage (Lave et Wenger, 1991, p.41, in Brougères 2008, p.52). Il s’agit d’une théorie de la pratique sociale qui « met l’accent sur l’interdépendance entre l’agent et le monde, l’activité, la signification, la cognition, l’apprentissage  et la connaissance » (Ibid.p.50, in Ibid.p.52). L’apprentissage résulte d’une implicationde la personne qui cherche à devenir un membre, un participant, à s’intégrer.

C’est dans cet ouvrage qu’ils définiront une communauté de pratique comme un ensemble de relations entre des personnes, une activité et le monde, à travers le temps et en relation avec d’autres communautés de pratiques qui sont tangentes ou se chevauchent (Lave et Wenger, 1991, p98).

Dans « Comprendre la pratique – Perspectives sur l’activité et le contexte » (Chaiklin et Lave, 1993), elle continue la réflexion sur l’apprentissage situé en lien avec avec les activités situées : Pour elle, l’apprentissage est un aspect de la vie quotidienne, un processus de changement de la compréhension en pratique, dû à des changements dans la participation aux structures culturellement cadrées de la vie quotidienne (Ibid., p.5 in Brougère, 2008, p.55).

« En conséquence, la notion de contexte est centrale et l’idée d’apprentissage décontextualisé une contradiction dans les termes » (Brougère, 2008, 55). Parallèlement, l’idée de l’apprentissage vu comme un processus dans l’esprit de l’apprenant est rejetée (Ibid., p55)

La pratique de l’apprentissage et de l’enseignement

Pour Lave, la transmission, le transfert ou l’intériorisation sont des objets produits de l’éducation formelle, l’école et le succès ou l’échec de l’apprentissage doivent être vus non comme des attributs des individus mais des arrangements sociaux et institutionnels (Chaiklin et Lave, 1993, p.12)

Lave, dans un article de 1996, abolit les distinctions entre apprendre et faire, identité sociale et connaissance, éducation et occupation, forme et contenu. A tel point qu’elle présente la classe comme une CoPoù l’enseignement serait ce qui permet de rendre accessible des ressources aux communautés d’apprenants. C’est ce qui permettrait aux élèves de changer leurs identités, de transformer leur participation, ce qui serait vrai également pour les enseignants (Brougère, 2008, p.56)

Même si « On perçoit une critique de l’école qui confond discipline, instruction et apprentissage […]il ne s’agit pas pour Lave de proposer une théorie des mécanismes universels des de l’apprentissage car il existe d’énormes différences  concernant la façon dont les apprenants construisent leurs identités à travers différentes pratiques. » (Ibid., p.57)

L’apprentissage aliéné

En référence au travail aliéné de Marx (Marx, 1972), l’apprentissage aliéné serait la forme que revêt l’apprentissage lorsqu’il est séparé de la vie quotidienne, abstrait ou soustrait des situations d’usage

Conclusion

Confrontant ses théories avec l’école, elle s’inscrit dans le courant de Wenger et Rogoff pour proposer une nouvelle vision de l’école comme une communauté d’apprenants !

Bibliographie

BROUGERE, G., 2008, « Jean Lave, de l’apprentissage situé à l’apprentisage aliéné », in Pratiques de formation-Analyses – Les communautés de pratique, BERRY V. (sous la coord.) , N°54, p. 49-63.

LAVE Jean, 1991, « Situating learning in communities of practice », in RESNICK Lauren B., LEVINE John M., TEASLEY Stephanie D., (sous la dir.) Perspectives on socially shared cognition, Washington D.C., American psychological association, pp. 63-82

BOURDIEU P., 1972, Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève, Droz.

CHAIKLIN Seth, LAVE Jean, 1993, Understanding practice – Perspectives in activity and context, Cambridge University Press.

Webographie

Learning theorists : http://en.wikibooks.org/wiki/Learning_Theorists#Jean_Lave

Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Etienne_Wenger

Etienne Wenger’s website http://www.ewenger.com/

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