Communautés de pratique
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Communauté de pratique et pouvoir d’agir : Points de vue de jeunes professionnels contrôleurs du travail
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Le texte questionne l’expression « participation périphérique légitime » (Lave et Wenger, 1991) comme support d’une intégration croissante des individus à une communauté de travail. Pour l’auteur cela évoque un triple espace: social, physique, symbolique, mais n’explicite pas,leurs recouvrements, les mises en action qu’ils supposent. Est également évoqué le dispositif que l’existence d’une CoP suppose.

Interactions entre pairs et développement du pouvoir d’agir

L’auteur s’appuie sur les théories développées par Piaget et Vigotsky.

Pour Piaget, le développement de la pensée consiste pour une large part en la prise en compte progressive des différents points de vue et en leur coordination. « La discussion engendre la réflexion intérieure. Le contrôle mutuel engendre le besoin de preuve et d’objectivité » (Ibid., p.201).(assimilation-accomodation)

Pour Doise et Mugny (1981), le social intervient sur le développement par la notion de conflit socio-cognitif. Le désaccord provient de plusieurs réponses à un même problème et la recherche de résolution aboutit à une décentration (prise en compte de nouveaux aspects de la tâche ou de croyances autres que les siennes…). La volonté de dépasser les oppositions sur un mode socio-cognitif (et non par complaisance ou soumission) déboucherait sur des coordinations interindividuelles d’actions et d’idées.

Pour Vigotsky, la pensée se développe sous l’action de médiations sémiotiques, les systèmes de signe constituant à la fois des outils de comunication et des outils cognitifs de représentationd (Wertsch, 1985). Les interactions avec un pair plus expérimenté permettraient de résoudre des problèmes et se manifesteraient dans la zone proximale de développement. Si cet aspect renvoie au tutorat, à une relation disymétrique, qu’en est il si la relation est symétrique, comme dans une CoP ?

A propos du travail coopératif, Carre et Caspar (2004) soulignent les effets sur les individus portant sur les performances, la mémorisation des connaissances, les stratégies de raisonnement, la créativité. Leurs résultats suggèrent que le travail coopératif stimule un raisonnement de haut niveau et une réflexion matacognitive. Des bénéfices socio-affectifs et motivationnels ont été mis en évidence.

Un espace de genèse de CoP : les séances « analyses de situations »

Dans le cas présenté, les auteurs décrivent un processus de partage et de contributions, fait de questionnements et de débats mais la question suivante se pose : sont il suffisant pour faire CoP ? Au regard de leur corpus, ils mettent en cause l’idée d’une progression linéaire et structurée de la participation, au profit d’une conception opportuniste.

Qulques remarques finales sont faites sur le dvpt d’une CoP :

– Une CoP ne peut émerger sans des circonstances qui conduisent des individus à se persuader des bénéfices d’un partage
– Ce partage est la face observable d’une entreprise commune, précisée par une activité cadrant ce qui fait communauté.
– La production d’artefact, la formalisation de sitiuations vécues ne saurait se faire sans un tiers, adjuvant de la relation entre les membres
– Pour s’installer dans la durée, il faut des ajustements organisationnels que le dispositif prend en charge.

Conclusion

En réaction à la théorie des CoP de Wenger, Olry affirme que la participation à la communauté suppose une action de contributeur et pas seulement une présence soumise aux injonctions du collectif. La logique centripète d’une intégration progressive de Wenger se confronte aux étapes multiples et rites de passages observés qui jalonnent le parcours d’intégration (accélérations d’actions, refus). Concernant la légitimité, lorsque l’organisation fonctionne sur une logique d’objectifs, la légitimité est davantage opportuniste et moins socialement organisée. « La complexité des systèmes productifs ne permet à chacun qu’une connaissance parcellaire du système. La légitimité, et la rationalité qui y est rattachée ne peut être que limitée » (p.143). Il partage la vision de Hildreth (2000) selon laquelle « c’est le partage des connaissances et l’acte contributeur qui fondent une communauté qui n’est pas que de pratique professionnelle » (Ibid.). Il critique le fait que les CoP soient vues et réduites à des échanges de pratiques axées sur la résolution de problème alors qu’elles sont empreintes d’une capacité réflexive et d’une volonté d’agir.

Bibliographie

OLRY, P., 2008, Communauté de pratique et pouvoir d’agir : Poinst de vue de jeunes professionnels contrôleurs du travail, in LE GRAND J.-L., VERRIER, C. (sous la dir.), Pratiques de formation-analyses : Les communautés de pratique, N°54, Université Paris 8, pp.127-145.

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