Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Communautés virtuelles d’apprentissage: e-jargon ou nouveau paradigme ?

Qu’est-ce qu’une communauté virtuelle?

Pour Wenger et Snyder (2000), « les communautés de pratique sont aussi diverses que les circonstances qui les ont vues naître » et Poplin (1979, cité dans Hamman, 2001) aurait identifié 125 définitions sociologiques de ce terme.

le concept de communauté est cerné de quatre manières distinctes : a)en le comparant à d’autres structures sociales, b) en l’illustrant par des exemples variés, c) en spécifiant quelques caractéristiques qui nous semblent importantes, d) en spécifiant certaines règles de fonctionnement et d’apprentissage observées dans des communautés.

Communautés, groupes formels et groupes d’amis

Le groupe formel (un but commun, composition, grandeur et domaines d’expertise préétablis) et le groupe d’amis (le plaisir d’être ensemble, pas d’objectifs précis ni de conditions de participation) définissent deux pôles d’un continuum au centre duquel nous pourrons définir le type ‘communauté’.

Au milieu de ce continuum, la communauté : Adhésion volontaire, rôle des affinités personnelles, intensité émotionnelle assez élevée / intérêt partagé ou but commun, dimension fonctionnelle (ou utilitaire).

Exemple de communautés diverses

3 formes d’organisation sociale (pas une taxonomie des communautés) :

  1. La communauté d’intérêt : Un souci commun, envie de résoudre un problème, recherche de compréhension, comparaison de son expérience personnelle, rehcerche de solutions pratiques.
  2. La communauté de pratique : Regroupement d’employés d’une même organisation (ou de plusieurs) qui collaborent en dehors des cadres établis. Pour Wenger et Snyder (2000), formation en réponse à des événements soit externes à l’entreprise (par exemple, la croissance du e-commerce), soit internes (par exemple, restructuration en équipes projets).
  3. La communauté d’apprentissage : Rassemblement d’individus dans le but d’acquérir des connaissances.

Caractéristiques des communautés

Les communautés présentent des caractéristiques communes, pas forcément toujours présentes. Voici quelques indicateurs (pas des critères formels) qui les définissent :

  1. Interdépendance et implication : un but ou un intérêt commun que les membres veulent acquérir et partager
  2. Micro-Culture. Les membres d’une communauté s’unissent pour construire une expérience collective. Elle se traduit par des valeurs, des pratiques, des codes, des règles conversationnelles et de comportement, des rites. La CoP développe une identité.
    « La construction d’une micro-culture et/ou l’intériorisation de celle-ci constituent le principal vecteur d’apprentissage : les membres de la communauté peuvent y acquérir un langage adapté aux objectifs spécifiques de la communauté, une manière d’appréhender les problèmes, des normes et des systèmes de valeur,…En d’autres termes, la construction de connaissances au sein d’une communauté va bien au-delà du simple échange d’informations ou de ressources entre membres » (NDLR: la partie visible)
  3. Organisation sociale. Les communautés ont une organisation sociale relativement informelle, peu structurée et peu rigide.
  4. Sélection spontanée et croissance organique : C’est par leur participation à une communauté que les individus en deviennent membres.
  5. Longévité. La construction est plus ou moins lente et implique une certaine durée de vie.
  6. Espace. Une communauté s’organise autour d’un espace d’interaction et de partage (parfois un ‘territoire’).

Règles d’apprentissage d’une communauté

  1. Les échanges dans la communauté prennent souvent une forme narrative et ouverte (peu de Q/R fermées).
  2. Les membres d’une communauté ont la capacité d‘inférer l’information désirée de l’information donnée.
  3. Les individus co-construisent l’interprétation de leur expérience personnelle (via les interprétations multiples de la communauté)
  4. L’apprentissage se contextualise en prenant une forme plus narrative. L’information contextuelle s’exprime du point de vue de celui qui apprend et de ce qu’il a besoin d’apprendre, au moment opportun (3j).

Ces règles d’apprentissage reflètent la philosophie des communautés : elles sont libres, ont une hiérarchie plate, encouragent la collaboration et la participation, favorisent des formes de transmission de l’information qui sont contextualisées et sont ouvertes à l’interprétation collective.

Conclusion

Le terme ‘communauté’ est en quelque sorte un label de qualité relatif au fonctionnement des groupes, en particulier à l’intensité des interactions qui s’y déroulent.Cette dynamique est susceptible de constituer un double vecteur d’apprentissage : sur le plan motivationnel, en tant que catalyseur de participation et, sur le plan cognitif, en tant que moteur de transmission d’une culture.

De plus, « toute communauté a besoin de voir ses efforts reconnus et récompensés », seulement les méthodes d’évaluation à mettre en œuvre sont encore à définir, ce qui constitue un nouveau défi pour la docimologie.

Evolution des technologies éducatives

Elle est décrite sur un plan psychologique, technologique ou pédagogique :

« Sur le plan psychologique, le terme ‘communauté’ marque l’influence croissante des théories selon lesquelles l’apprentissage résulte de l’intégration de la culture qu’empruntent les interactions sociales au sein d’une communauté. » (Paternité : Vygostky puis Lave,1991).

Sur le plan pédagogique, la technologie passe à l’arrière plan pour mettre au premier plan « la structure sociale dans laquelle la technologie acquiert des vertus pédagogiques »[…]le terme (‘communauté’) ne décrit pas un environnement technique, mais une construction sociale utilisant cet environnement. La référence technique que constitue le terme ‘virtuel’ est devenue un adjectif.

Sur le plan technologique, le web intègre maintenant un certain nombre d’outils qui ne sont plus exclusifs (outils de comm, de production, de collaboration…) et des services dédiés (community portal)

Communauté et apprentissage

L’auteur propose d’analyser la relation entre ‘communautés’ et ‘éducatives’ sous 2 formes : « apprendre une communauté » et « la communauté apprend. »

« Apprendre la communauté ». Tout groupe a une culture propre qui doit être maîtrisée si on veut en faire partie (ex. l’école où l’étudiant apprend «la profession» d’étudiant, une CoP où le membre doit se familiariser avec les règles de participation et d’apprentissage.)

« La communauté apprend ». L’apprentissage est étendu et distribué (‘cognition distribuée’, voir Pea,1993; Hutchins, 1995), la notion d’apprentissage est placée au niveau de la communauté elle-même (Développement d’une expertise particulière, d’une connaissance historique, partiellement tacite et partiellement explicite.)

L’analyse des processus d’apprentissage au sein de petites communautés devrait permettre de réconcilier la philosophie constructiviste et l’approche socioculturelle. Il s’agit notamment d’étudier la manière dont certains individus parviennent à transformer la culture de leur communauté (Engeström, 1987).

A propos des communautés virtuelles d’enseignants : « Il me semble néanmoins que le potentiel de ces réseaux virtuels ne se limite pas à combler les distances géographiques mais aussi et surtout les distances sociales. » (ex. privé/public ou autres types de ségrégation)

Convergences conceptuelles

Etude des communautés : trois plans d’analyse…le plan intra-psychologique (l’individu), le plan inter-psychologique (le groupe) et le plan social. 3 traditions de recherche qui commencent à converger.

Plan intra-psychologique plan inter-psychologique plan social
Petite communauté, binôme

Périodes courtes (fractions)

La mémoire individuelle réfère à des transformations physiologiques internes, permettant de stocker et réactiver une information (intériorisée)

Compréhension – Représentation mentale

Co-construction de représentations (une référence) : minutes

Communauté moyenne

Périodes moyennes (10′ à plrs mois)

La mémoire collective réfère généralement à un artefact externe qui permet à plusieurs individus de garder la trace de leurs actions ou décisions ( » mémoire de travail »)

Compréhension partagée – Représentation partagée

« La représentation d’un groupe est la combinaison des représentations que chaque individu a de lui-même et de chacun des autres »

« Dans les processus d’apprentissage, il ne s’agit pas d’élaborer simplement des concepts mais de leur associer des valeurs »

Co-construction de représentations (un jeu de concepts) : heures

Culture a ici une connotation focntionnelle (orienté partage de tâche)

Communauté importante

Périodes longues

Mémoire sociale = « mémoire à long terme » (archivage de documents)

Co-construction de représentations (une culture) :mois-années

« Le concept de mémoire est pertinent sur les trois plans, mais il diffère quant au substrat (cerveau/objets) et à la fonction (court terme, long terme, mémoire de travail) »

Pour l’auteur : L’enjeu des communautés d’apprentissage, sur le plan théorique, réside dans la réconciliation des courants de pensées « pour saisir par quels processus les constructions intra-psychologiques peuvent résulter de la participation aux plans inter-psychologique et social ».

Divergences empiriques

Malgré la forme d’apprentissage collaboratif que constituent les communautés, « les travaux qui démontrent l’efficacité de l’apprentissage collaboratif (Slavin, 1983) ne peuvent être utilisés pour justifier des pratiques pédagogiques trop éloignées des conditions expérimentales dans lesquelles cette efficacité a été établie » (cadre scolaire, formel)

« Les effets cognitifs ne sont pas directement liés aux conditions (taille et composition du groupe, tâche, ..) mais à la qualité et à la quantité des interactions entre les sujets (Dillenbourg, Baker, Blaye & O’Malley, 1995) ».

Pour le tuteur, la régulation consiste à observer les interactions et à intervenir ponctuellement afin de renforcer des interactions constructives (ou les affaiblir si contre-productives). Pour faciliter cette activité dans de grands groupes, un outil devrait lui fournir des représentations synthétiques des interactions.

Les auteurs avouent ne pas connaître (encore) de travaux qui prouvent expérimentalement qu’une paire qui suit un scénario (pédagogique et encadré ndlr) apprend davantage qu’une paire qui collabore librement. La philosophie d’une communauté d’où émergeraient ‘naturellement’ des phénomènes conduisant à l’apprentissage semble étranger à ces procédés de structuration et de régulation. Malgré cela, « il est certainement nécessaire d’influencer le fonctionnement de la communauté. L’enjeu est de concevoir des environnements qui renforcent, peut-être simplement en les explicitant, les liens entre la culture d’une communauté et l’apprentissage individuel. »

Conclusions: vers un constructivisme culturel

Point d’apprentissage sans intensité !

Les communautés ne constituent pas un modèle d’apprentissage supérieur aux autres. A chaque modèle sa pertinence :
Pour les connaissances compilées et automatisées, le modèle behavioriste.
Pour les connaissances déclaratives et procédurales simples, la pédagogie de maîtrise.
Aux situations de résolution de problèmes et à leurs compétences heuristiques, les sciences cognitives et leurs artefacts métacognitifs.
Pour le développement professionnel, les communautés de pratiques (virtuelles)(difficiles à intégrer dans un contexte scolaire qui est plutôt formel et régulé.)

Issu de l’article :

Dillenbourg P., Poirier, C. & Carles, L. (2003). Communautés virtuelles d’apprentissage: e-jargon ou nouveau paradigme ? In A.Taurisson et A. Sentini. Pédagogies.Net. Montréal, Presses.

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