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Entretien de recherche

Cours NH 23/03/09

Contenu : le dit > l’énoncé
Discours : le dire > l’énonciation

Il y a toujours quelque chose du sujet qui se montre dans l’énonciation. Il existe des éléments du sens qui s’expriment du dire, indépendamment du dit (explicite)

L’analyse de discours vise à repérer la manière dont le sujet imprime sa marque dans l’énoncé. Il faut donc repérer l’ensemble des traces, des indices, qui renvoient au sujet de l’énonciation, càd au locuteur.Toute production langagière émane de quelqu’un, s’adresse à quelqu’un et parle de quelque chose. Évidemment subtil car il existe un certain nombre de stratégies ou de ruses pour masquer cette évidence (l’auteur d’un discours peut se dissimuler derrière des discours neutres). On ne peut pas opérer une séparation entre objectivité et subjectivité > perspective théorique : la subjectivité est présente, omniprésente.

Un discours porte toujours nécessairement la marque de son auteur.

Comment est qualifié un discours théorique : Réponse du groupe > Neutre, pas de « je ». Les discours théoriques seraient le lieu de l’objectivité. Et pourtant…

Descartes : méditations métaphysiques
« Je me suis aperçu que j’avais reçu d’eux… » Je = renvoie au sujet d’un pt de vue biographique
« J’ai ici à considérer que je suis homme… » Je = Sujet engagé dans le même processus de méditation et « ici » indique non un lieu mais l’instant du processus méditatif
« Et je ne me désaccoutumerai jamais….tant que je les considérerai….comme je viens de montrer » Je = Sujet pensant engagé dans la méditation et renvoie aussi au Descartes qui est en train d’écrire.
> On observe la glissement du je vers l’universalité.

L’emploi du je n’est pas le seul indicateur de la subjectivité et l’emploi du il ou du nous n’est pas forcément objectif.
Pour l’analyse, il faudra repérer dans le discours le dispositif d’énonciation (ce qui situe la sujet, le renvoie à son discours) un foyer de coordonnées qui sert de repère directement ou non à l’énonciation. Cela recouvre les protagonistes de l’interaction langagière (le locuteur et le co-locuteur) et l’ancrage spatio-temporel.

D’un point de vue technique, on va avoir un certain nombre d’éléments qui vont permettre de repérer ces dispositifs d’énonciation : les déictiques. Ce sont des signes qui renvoient à leur propre énonciation (ils la réfléchissent, « miroir »), ce sont les mots qui désignent à l’intérieur de l’énoncé le locuteur, le locutaire, le lieu et le temps de l’énonciation, soit la série classique je, tu, ici, maintenant !
Je = Déictique personnelle, mais aussi les pronoms personnels
Nous = Je + Tu (Nous inclusif) ou Je + ils-elles ou Je + tu + ils-elles
On = Déictique personnel, mais pronom impersonnel. Ambigu. L’usage du on et son analyse participent de la stratégie de recherche de l’objectivité.
Exemples : On peut assurer le rôle du je (stratégie de camouflage), je + les autres (opinion générale, celle d’un groupe dont l’énonciateur fait partie), le « on » du tierce parlant où on situe pas le je, le « on » qui exclut le je (indique la position du locuteur)

Les déictiques spatiaux et temporels. Renvoient au point de vue que le sujet …???.

Les modalités
C’est ce qui renvoie à la vérité, au possible, renvoie à un point de vue du sujet parlant sur l’énoncé dit ou encore sur le contenu propositionnel. La modalisation recouvre toutes les marques de présence du sujet dans son discours. Cette entrée par les modalisations permet de repérer la distance que le sujet met entre lui et ce dont il parle. Ce qui est important, analyser les procédures de distanciation. Comment le sujet objective le savoir en le posant comme une entité extérieure au sujet existant par lui-même? Comment le sujet s’objective lui-même ?
Utilisation modalisée vs utilisation référentielle
Le langage est un véhicule. L’énonciateur est absent de son propre discours.

La modalisation se manifeste à travers :
des jugements (nécessité, probabilité, possibilité). Un jugement évaluatif (axiologique : bon/mauvais, verbe de sentiment qui renvoie à de l’affectif ou de l’axiologique : aimer, désirer, vouloir, espérer, détester, craindre…), intrinsèquement subjectif (c’est le sujet qui évalue)
appréciations (utile, agréable…),
commentaires (formes linguistiques très variées, ex. parenthésage : peut être, nécessairement, évidemment…).

Choix des adjectifs : adjectifs objectifs et adjectifs subjectifs…En fait tous les objectifs traduisent de la subjectivité ! Très subjectifs, les adjectifs effectifs (en même tps qu’ils énoncent une propriété de l’objet, ils énoncent une réaction émotionnelle avec cet objet, à proscrire des discours ), les adjectifs évaluatifs véhiculent une mesure d’appréciation, donc subjectifs…2 types : 1)Non axiologique qui implique une évaluation quantitative de l’objet mais ne relève pas de son ordre de valeur. 2) Axiologique, adjectif qui implique un jugement de valeur en plus > Adj. doublement subjectif…beau, bon, bien.
Se demander qui porte le jugement évaluatif, sur quoi porte l’évaluation, quelle est la nature du jugement évaluatif. Renvoie à de l’axiologique ou la vérité (?).
Le W d’analyse de discours consiste à repérer toutes les marques de présence du sujet. Toute production langagière est traversée de part en part par le subjectivité.

TD : Texte de G Perec, tentative d’épuisement d’un lieu parisien (1982)

Son pari : consigner par écrit sans parti pris tout ce qu’il voit et voir tout ce qui s’y passe.Extrait :

Place St Sulpice; La date : 19oct 1974, Heure : 10h30, Lieu : Tabac St Sulpice; Le temps : froid sec, quelques éclaircies…

> Il donne des indications chiffrées, sans discussion. Par contre, les adjectifs froid et sec sont subjectifs, ainsi que quelques…on a donc des éléments qui se veulent objectifs mais ne le sont pas.


Cours du 6 Avril 2008

Suite du TD…
> Tous les adjectifs sont subjectifs
> Il opère une catégorisation (des chiffres, des slogans…) qui sont aussi sa propre subjectivité.
> Le parenthésage : une marque de la subjectivité (commentaires personnels).
« L’indice, c’est ce qui pointe vers le sujet-même »NH (des points de suspension, des parenthèses, adjectifs, des points d’interrogation, des interprétations, des supposés…)

Ce texte montre le pb de l’objectivation, et le caractère illusoire de toute entreprise d’observation qui serait soi-disant objective. Le caractère illusoire est donné par le fait même que l’auteur s’épuise (« Lassitude des yeux, lassitude des mots » > épuisement physique et langagier.) L’exercice suppose une compétence lexicale, cela exige d’avoir à disposition des termes suffisants et explicites. La subjectivité intervient en fonction de la compétence lexicale qui varie d’un sujet à un autre et qui de surcroit augmente les… (?). La transcription par la verbalisation est une opération de traduction qui va générer de la sélection qui renvoie elle-même à du subjectif.

Fatigue faisant, Il va mettre exergue uniquement ce qui est remarquable, ce qui sort de l’ordinaire. Preuve qu’il devient difficile de faire parler l’ordinaire, le quotidien, le routinier…
Il organise son texte avec des catégories (taxonomie). A la fin, le « je » finit par intervenir…il finit de quitter sa posture «objective ».
Il procède à de l’interprétation de ce qu’il perçoit, il commet des imprudences au fur et à mesure qu’on avance dans le texte (« une grand mère avec un landau »).
Dans toutes ses expressions qui procèdent du dimensionnement (« une petite, un grand…pendant de longs espaces de temps… »)
De tous ces éléments, on peut conclure qu’aucune description, même celle qui se voudrait l’enregistrement passif d’un donné perceptif, ne peut échapper à une activité de comparaison (renvoi au sujet, par rapport au sujet).

Les modalisateurs renvoient à l’approximation, l’incertitude (une sorte de…un genre de…), bien qu’ils renvoient à une certaine objectivité « commune ». Tout ce qui relève de l’axiologique (normes et valeurs du sujet) (belles oisives, jeunes cons, vielles peaux…). On finit par rencontrer certains néologismes, des calembours, métonymies

L’entreprise d’objectivation de Perec est impossible, car renvoie à 2 filtres : le filtre visuel et langagier (analyse, synthétise, infère, commente…). Ce texte est exemplaire pour prendre la mesure des limites qui bornent le champ de l’objectivité discursive.

TD
« L’analyse de discours n’est pas l’analyse de contenu ». L’analyse de discours va appuyer l’analyse de contenu.

Extrait 1
Q- La Suisse, à quoi ça vous fait penser ?
R- Au plus beau pays du monde et ce n’est pas moi qui le dis, et d’autres le disent
Q- Cela fait penser d’abord à la beauté naturelle du pays ?
R- Oui. J’ai jamais été à l’étranger, je ne peux pas me rendre compte, mais pour moi c’est le plus beau pays
Analyse du dispositif énonciatif :
Le jugement donné a un caractère socio-centré qui renvoie au seul sujet (5 déictiques personnels)

Extrait 2 : Il utilise « le Suisse » à la place du je…il y a une forme d’objectivation, de réflexion, un retour « sur »

Extrait 3 : Forme de décentration réelle, interrogation du sujet (2 interrogations), les normes posées sont discutées (4 x « peut être »). Le sujet est dans un rapport réflexif.

Extrait 4 : Après le « je », arrivée du conditionnel (« le contraire m’étonnerait »); ensuite une mise à distance de ce qui a été énoncé précédemment (« Mais ») sans intervention du questionneur

Extrait 5 : Emploi du conditionnel…le sujet est en retrait. (décentrement)

> Au fur et à mesure des extraits, les sujets sont de plus en perméables, moins fermés à des propositions, suggestions.

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