Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
A survey of current research on online communities of practice (2001)
Categories: Fiches de lecture

Résumé

L’auteur a mené une revue de littérature sur les CoPs et leur potentiel de développement via les TIC. Les CoPs se distinguent des organisations traditionnelles et des situations d’apprentissage par (1) les différents niveaux d’expertise qui sont simultanément présents dans la communauté de pratique (2) le le mouvement de la périphérie vers le centre qui symbolise la progression d’un un novice vers à statut expert, ainsi que (3) des tâches et une authentiques communication anthentique (p.45).

Les TIC offrent à la fois des avantages et des inconvénients…la collaboration est basée sur l’écriture, réduisant ainsi les normes, ce qui permet à des introvertis de partager plus facilement leurs idées. Cependant le désengagement est un phénomène qui peut être réduit grace à des techniques de facilitation ou d’échaffaudage (scaffolding).

L’auteur recommande de nouvelles questions de recherche et propose comme technique les études de cas…

Introduction

Liedka (1999) décrit des communautés de pratique en tant qu »’individus unis dans l’action »(p. 5). Le management autoritaire est remplacé par l’auto-gestion et la propriété du travail (Collier & Esteban, 1999). Les CoPs usent de la participation active et de la prise de décisions, contrairement aux organisations traditionnelles où la prise de décision est séparée du groupe (Collier & Esteban, 1999). L’apprentissage est issu de la collaboration, où la connaissance de la communauté vaut bien plus que la connaissance individuelle.

Histoire et théorie des CoPs

Les CoP trouvent leurs racines dans le constructivisme (Knowles, Holton, & Swanson, 1998; Oliver & Herrington, 2000; Palloff & Pratt, 1999; Persichitte, 2000; Squire & Johnson, 2000) et implique les caractéristiques suivantes : des situations-problème complexes et authentiques, dans un contexte d’interdépendance sociale, des buts partagés et négociés, l’usage d’outils cognitifs (Méthodes, process, technologies…), un enseignant davantage coach ou facilitateur (p.47).

Johson continue ensuite d’ancrer l’histoire et la théorie des CoP dans le constructivisme, mais aussi le KM, toujours en s’appuyant sur une littérature intéressante, des critiques formulées à l’égard de l’éducation traditionnelle (pb du transfet, séparation du réel…), et sur l’apport de Wenger (situated learning).

Concepts soutenant les CoPs

Johnson relève que les auteurs gravitent autour des concepts de communauté de connaisssance ou de connaissance collective (Gherardi & Nicolini, 2000; Bielaczyc and Collins 1999), de cognition distribuée et d’apprentissage continu (Winsor, 2001), knowledge management (Wick, 2000), d’artefacts et d’histoires (Wenger, 1998), de discussions (Bielaczyc & Collins, 1999), de facilitation (Bielaczyc & Collins, 1999; Fischer, 1998; Palloff & Pratt, 1999; Rogers 2000; Powers and Guan 2000; Squire and Johnson 2000 (La facilitation permet à deux aspects de la collaboration de se développer: l’interaction avec les pairs et l’interaction experts-apprentis, ce qui permet la négociation et la co-construction de la CoP (Bielaczyc & Collins, 1999), de PPL (relation expert-apprenti :Soden & Halliday, 2000; Gherardi & Nicolini, 2000; Wenger, 1998).

La sécurité et la confiance au sein d’une communauté de pratique sont importants pour le développement d’un environnement d’apprentissage (Grisham, Bergeron, & Brink, 1999; Palloff & Pratt, 1999) > Du manque de confiance résulte un travail individuel peu collaboratif, un mécontentement et de l’incohésion d’équipe (Edmondson, 1999).

Enfin, une CoP comprend tout ce que ses membres négocient ou produisent (Wenger, 1998) incluant les symbôles dans « un système de relation matériel » (Gherardi & Nicolini, 2000). Winsor (2001) L’apprentissage comprend l’usage de langage, jargon, conventions graphiques, qui fournit des éléments de stabilisation dans un environnement changeant constament. Bien que ces éléments ne soient pas totalement stables, ils servent de points d’ancrage à la communauté. Seufert (2000) définit les environnements d’apprentisage collaboratifs comme un lieu de rencontre de la technologie et des groupes sociaux, qui ne peuvent pas être séparés (p.50).

La communauté virtuelle

Différences entre communauté traditionnelles et virtuelles

Traditionnelle (Palloff & Pratt, 99) Virtuelle (Squire & Johnson, 2000)
Localisation à un endroit

Adhésion à des normes

Dynamique de groupe l’emporte sur l’expression individuelle

Une frontière distincte (qui est membre, qui ne l’est pas)

Rapprochement autour d’une idée ou d’une tâche

Organisée autour d’une activité

Formée par le besoin

Pas de frontière formelle

Les normes ne sont pas aussi dominantes, contrôle individuel plus important

Palloff and Pratt (1999) établissent que les membres d’une communauté doivent ériger un leader, ainsi que des normes ou un code de conduite afin de pouvoir résoudre les conflits par eux-mêmes. Un éventail de rôles doit être établie.

De nombreaux auteurs décrivent le cycle de vie d’une communauté. Palloff et Pratt (1999) décrivent cinq étapes ‘‘‘forming, norming, storming, performing, adjourning’ » délimitées comme (1) première phase, (2) phase de conflit, (3) phase d’intimité et de travail, (4) phase finale. Seufert (2000) met l’accent sur l’apprentissage et divise en quatre phases: (1) le contenu, (2) l’intention, (3) la contractualisation, et (4) l’accord.

Les CoPs comprennent des arrangements sociaux dans lequels les individus (experts et novices) apprennent en participant à des activités. Leurs artefacts en sont les produits technologie, médias, processus). Les méthodes constructivistes (ie. collaboration, facilitation, et situations-problèmes) permettent l’apprentissage. L’apprentissage en CoP diffère de l’apprentissage traditionnel car il est situé, socialement (novices<>experts).

Revue de littérature des études de cas relevant des CoPs

Johnson s’appuie sur un nombre conséquent d’études sur des communautés d’apprentissage ou de pratiques.

Pour Yin (1994), une études de cas est une observation d’évènements de la vie réelle et qui ne sont pas contrôlées. Elle a pour objectif de comprendre les courants et phénomènes sociaux complexes. Elle cherche à comprendre  »comment »et »pourquoi ». Elles emploient une combinaison de données qualitatives et quantitatives, l’utilisation de multiples sources de données, ainsi la triangulation s’applique à comparer et à corroborer les évidences (preuves). Il a classé les études de cas examinées en trois types: des études entre les groupes, les études au sein des groupes, des études longitudinales et des individus (c’est-à-dire, l’observation détaillée d’un individu dans une longue période).

Johnson remarque que pour définir une CoP, les nombreux auteurs citent Wenger (1998). Leurs études ne diffèrent que par la façon dont elles cherchent à approfondir clairement la définition (p.52)

Les environnements Web et l’écriture sont ils propices à l’émergence dapprentissage en CoP ? Oui répond Johnson, mais un soutien sous forme d’étayage est nécessaire.

Selon Palloff et Pratt (1999), une clé des CoPV est l’absence de normes dûe à l’absence de présence physique (par exemple, voix, stature, réaction visibles, approbations ou désapprobations visibles, etc..). La communication asynchrone serait « un grand égaliseur » (Wepner & Mobley, 1998).

Néanmoins, la littérature pointe un certain nombre de problèmes ou de freins : l’absence ou le retrait des participants, les différences culturelles (LeBaron, Pulkkinen, and Scollin, 2000), mais une CoP finit par développer sa propre culture (Wenger, 1998) facilitée par la communication en ligne qui efface un certain nombre de barrières culturelles, des discussions superficielles sans coaching ou étayage (Oliver and Herrington, 2000), un environnement impersonnel si absence de contacts régulièrs (Powers and Guan, 2000), des messages superficiels ou au contraire trop longs (Hammond, 1998), des participants « bruyants » (interactifs mais non réflexifs) (Ricketts et al., 2000), apparition du syndrome de politesse (poli mais pas honnête ou constructif si les membres ne se connaissent pas) (Borthick and Jones, 2000), une collaboration moins riche si les membres ne se connaissent pas (Oliver et al., 1998), le manque d’urgence à répondre en asynchrone.

Les auteurs sont d’accord pour dire qu’une rencontre face à face est essentielle au démarrage, pour le rapport entre les membres, l’accroissement de la collaboration,

Johnson résume en soulignant qu’un étayage sous la forme de soutien technique et d’usage des technologies de la communication et de la collaboration est nécessaire.

Conclusions et questions de recherches

Afin détudier et garantir le développement optimal d’une CoP, une étude de cas pourrait pourrait être développé comme suit: (1) concevoir une communauté virtuelle, (2) soutenir l’étayage, (3) prédire comment la nouvelle CoP utlisera les éléments élaborés, (4)  surveiller la manière dont la communauté se développe en raison de pratiques et / ou en dépit de la conception, et (5) mettre en œuvre les modifications qui rendent l’apprentissage plus efficace. Afin d’investiguer, Johnson envisage les questions suivantes (ci-après une sélection seulement) :

  1. Quelles fonctions/configurations d’étayage sont nécessaires pour soutenir une communauté de pratique (par exemple, les médias, la fréquence, etc) ?
  2. Est-ce que les éléments positifs des communautés virtuelles (étayage, facilitation, absence de normes de groupe, indépendance du temps et de l’espace, etc) suffisent à surmonter les obstacles (différences culturelles, usure, etc) et causer le développement des CoP ?
  3. Est ce que des techniques d’animation ou de modération plus élaborées permettraient de compenser certains problèmes de communication en ligne?

La recherche ne doit pas comprendre seulement l’usage individuel des outils de communication Internet pris isolement, mais davantage la façon dont ils fonctionnent en combinaison les avec les autres et avec le soutien des fonctions de support et d’étayage.

Source

Johnson, M., 2001. A survey of current research on online communities of practice in Internet and Higher Education n°4, pp. 45-60.

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