Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
La théorie des CoP: Apprentissage, sens et identité (2/4)

La pratique


« C’est la construction collective d’une pratique interne qui permet de satisfaire les attentes institutionnelles (p.52) »:

Le concept de pratique est associé à faire, mais pas strictement en tant que tel. C’est faire dans un contexte historique et social qui donne uns structure et une signification à ce que l’on accomplit.[…]Une telle conception de la pratique inclut à la fois l’explicite et la tacite, ce qui est dit et non dit; ce qui est exposé et présumé. Elle inclut le langage, les outils, les documents, les images, les symboles, les rôles, les critères, les procédures, les règles et les contrats élaborés au sein des différentes pratiques. Mais elle inclut également les relations implicites, les conventions tacites, les indices subtils, les règles d’usage implicites, les intuitions, les perceptions, les préconceptions, les visions partagées du monde. La plupart de ces éléments ne peuvent être verbalisés clairement, mais ils n’en constituent pas moins les signes indéniables d’appartenance à une communauté de pratique et ils sont fondamentaux pour sa réussite (p.53)

« Pas de dichotomie entre agir et connaître, faire et penser. Le processus d’engagement dans une pratique implique toute la personne, à la fois son agir et ses pensées (p.53) » : « un processus incarné, subtil, dynamique, social, négocié et complexe (p.54) »

La pratique en tant que quête de sens

La notion de pratique est traitée à travers la production sociale de sens selon 3 concepts fondamentaux : la négociation de sens, la participation et la réification. Pour Wenger, la pratique n’est pas qu’une théorie mécaniste, « la pratique ne concerne pas uniquement des corps et des cerveaux, mais d’abord et avant tout la signification donnée aux mouvement du corps et au fonctionnement du cerveau (p.57) : Wenger se distingue des approches neurologique et cognitive, et du domaine de la cognition distribuée.

La notion de sens ne porte pas sur les détails techniques de la signification, sur les relation entre un symbole et son référent, sur le sens de la vie. La pratique se rapporte à la construction de sens en tant qu’expérience de la vie quotidienne :

  • Le sens se situe dans un processus que nous appelons la négociation de sens
  • La négociation de sens comprend l’interaction de deux processus complémentaires, la participation et la réification
  • Participation et réification constituent la dualité fondamentale de l’expérience humaine de la construction de sens et, par conséquent, de la nature de la pratique.

La négociation de sens

  • L’expérience de construction de sens provient de la répétition quotidienne (Discuter avec ses collègues les midis, traiter une réclamation…) qui forme l’expérience de signification (p.58). « Vivre est en soi un processus continu de négociation de sens (p.59) »
  • La notion de négociation caractérise le processus par lequel les individus expérimentent le monde et s’y engagent de façon significative (p.59).
  • L’engagement humain est d’abord et avant tout un processus de négociation de sens.
  • La négociation de sens est un processus à la fois historique, dynamique, contextuel et unique (p.60)
  • « Le sens n’existe ni dans l’individu ni dans le monde, mais bien dans la relation dynamique qui caractérise la vie dans le monde (p.60) »
  • La négociation de sens s’effectue dynamiquement grâce à 2 processus : participation + réification (p.61)

La participation

  • Terme utilisé « pour décrire l’expérience sociale de vie dans le monde, d’appartenance à des communautés sociales et d’engagement dynamique dans des projets collectifs (p.61) », où nous pouvons nous reconnaître dans l’autre.
  • « Il s’agit d’un processus complexe qui comprend plusieurs gestes: faire, parler, penser, ressentir et appartenir. Elle engage l’individu dans sa totalité: corps, esprit, émotions et relations (p.61) »
  • La participation devient une source d’identité, son caractère mutuel rend rend possible l’identification à l’autre (p.62)
  • Un sens différent de collaboration : « Il comprend toutes sortes de liens conflictuels et harmonieux, privés et publics, compétitifs et coopératifs (p.62) »
  • La participation à des communautés transforme mutuellement notre propre expérience et celles des communautés.
  • La participation contient une part de signification qui dépasse le simple engagement direct dans la pratique : Elle fait partie de notre identité et se transfère dans la vie courante (p.63).

La réification

  • Décrit autant le processus que son produit
  • Concept pour décrire notre engagement dans le monde en tant que créateur de sens. Où nous nous projetons dans le monde.
  • C’est « Traiter (une abstraction) comme si elle existe ou comme un matériel tangible » (p.63, de dictionnaire Webster). Ex la justice = une balance, une bulletin d’information écrivant que « la démocratie a souffert d’un coup militaire : Des évènements ou concepts complexes synthétisés et décodés.
  • Terme utilisé « pour décrire le processus qui consiste à donner une forme à notre expérience en créant des objets qui la cristallisent en une « chose » (p.64) »
  • Créée des points de convergence autour de la négociation de sens, donne une forme à l’interprétation et cette forme est ensuite utilisée pour négocier (le sens): résoudre un conflit, savoir quoi faire, utiliser un outil (p.64)
  • Couvre de nombreux processus : fabriquer, concevoir, représenter, nommer, codifier, décrire, percevoir, interpréter, (ré)utiliser, décoder et remanier
  • Donne une forme concrète à notre expérience humaine : un objet concret, un mot, une notion ou un concept
  • Peut provenir de l’extérieur (spatialement ou temporellement, ex. feuille de réclamation ou peintures rupestres) mais doit être interne pour devenir significative (réification nouvelle)
  • Des formes variées qui représentent seulement « la pointe de l’iceberg », qui dissimulent les contextes de significations contenus dans les pratiques humaines :
    signaux de fumée, pyramides, dolmen, formule abstraite, logo, article de journal, terme technique, système de traitement de l’information, note de service, un regard révélateur, un silence, une peinture, un noeud dans un mouchoir…) : « Elles représentent plutôt des réflexions sur ces pratiques, des symboles de la portée considérable des significations humaines (p.67) »

2 facettes : Un pouvoir de création (slogan politique qui rallie à une cause, procédure qui transforme un concept en automatisme) et un pouvoir d’illusion (valeurs d’une organisation détachée de la pratique). La réification suggère que les formes peuvent avoir une existence propre , au delà de leur contexte d’origine (autonomie, extension et éparpillement de la signification). La réification est aussi source de richesses et aussi d’erreurs.

La dualité du sens

La dualité participation-réification : distinction et complémentarité (p.69)

La dualité participation-réification : distinction et complémentarité (p.69)

Leurs différentes combinaisons peuvent donner lieu à toutes sortes d’expérience de signification.

« Participation et réification sont à la fois distinctes et complémentaires. La réification d’une charte des droits ne représente pas la société et elle ne signifie rien sans la participation des citoyens concernés. En contrepartie, la production d’une telle réification est cruciale au type de négociation nécessaire à l’exercice du droit de citoyen et elle permet de regrouper les points de vue, les intérêts et les interprétations divergentes engendrées par la participation p.68) »

Les processus de participation/réification peuvent se fondre l’un dans l’autre et la distinction quasiment disparaître : Ex. l’utilisation du langage dans les rencontres en face à face (p.68).

La complémentarité de la participation et de la réification : La participation permet de remédier aux problèmes d’interprétation suscitées par la réification. Si la réification a une forme trop rigide, trop ambiguë, ou trop imprécise, la participation vient à la rescousse. Pour sa part, la réification compense les limites intrinsèques de la participation (défaillance). Voilà pourquoi ,nous construisons des monuments  commémoratifs, nous prenons des notes pour nous souvenir des décisions, nous les partageons avec des collègues absents…

La négociation est un processus double : participation + réification

Les processus à l’œuvre pour expliciter, formaliser ou, encore, partager ne se rapportent pas uniquement à un transfert, ils sont en réalité des transformations, la création d’un nouveau contexte de participation et de réification dans lequel les relations entre le tacite et l’explicite, le formel et l’informel, l’individuel et le collectif sont renégociés.

Il doit exister un certain équilibre entre les 2 pour compenser leurs limites respectives. Et l’augmentation de l’un accroit la nécessité de l’autre.

La participation et la réification sont une dualité et non des opposés; sont deux dimensions en interaction; sont interdépendantes et ne substituent pas l’une à l’autre; elles transforment leur relation, elles ne se transposent pas l’une dans l’autre, illustrent un effet combiné, elles ne sont pas des catégories de classification; Elles ne sont pas une simple distinction entre des individus et des choses (le plan de la signification). « L’interaction de la participation et de la réification fait des personnes et des choses ce qu’elles sont à travers la négociation de sens.

L’expérience et le monde nous forment conjointement dans une relation de réciprocité qui rejoint l’essence même de notre identité. Notre conception et notre expérience de l’univers sont comme la montage et la rivière, elles se fondent l’une dans l’autre, mais elles possèdent leur forme propre. Elles sont le reflet l’une de l’autre, mais elles possèdent une existence propre, dans leur domaines repectifs. Elles s’accordent l’une avec l’autre, mais elles deleurent distinctes. Elles ne peuvent pas se fondre totalement l’une dans l’autre, mais elles transforment l’un et l’autre. La rivière coule tout simplement et la montage oriente le cours de l’eau. Cependant, l’intercation fait en sorte que le passage devient le guide et le guide le passage.

La notion de communauté

Lier la notion de pratique à celle de communauté : Description des dimensions fondamentales d’une pratique contribuant à la cohérence d’une communauté :

Les dimensions de la pratique en tant que propriété d'une communauté (p.82)

Les dimensions de la pratique en tant que propriété d'une communauté (p.82)

L’engagement mutuel. 1ère source de cohérence d’une communauté : La pratique existe parce que des individus s’engagent dans des actions dont le sens est négocié entre eux (p.82). Elle réside dans une communauté d’individus et dans les relations d’engagement mutuel qui leur permettent de faire ce qu’ils ont à faire. « L’appartenance à une communauté de pratique est d’abord et avant tout une question d’engagement mutuel (p.83) ». Ils forment une communauté « parce qu’ils maintiennent des relations étroites d’engagement mutuel articulées autour de leurs tâches respectives (p.83) »

Un engagement dynamique. L’engagement mutuel émerge à travers des activités quotidiennes banales : aller au bureau, parler librement, intergair en travaillant, prendre une repas ensemble, exécuter une tâche régulière en équipe, échanger des mails ou au téléphone…. »L’engagement est ce qui définit l’appartenance (p.83) ». « La cohérence nécessaire en vue de transformer l’engagement mutuel en CoP exige beaucoup de travail (p.84). » Ce peut être subtil, par exemple la générosité et le dévouement d’une employée vis à vis de ses collègues construit et maintient un sens de communauté…et pourtant passe inaperçu.

Principe de diversité. La communauté peut être hétéroclite, c’est l’engagement mutuel qui permet l’émergence d’une CoP (ex. les agents de réclamation issus de milieux/histoires différents ou encore le superviseur intégré à la CoP). « L’homogénéité n’est ni une condition ni un produit de la formation d’une communauté (p.85) ».

Principe de partialité. « L’engagement mutuel est fondé non seulement sur notre compétence, mais aussi sur celle des autres. Il fait appel à nos connaissances et nos réalisations ainsi qu’à notre capacité de de profiter du savoir et des contributions des autres (p.85) ». (ex. la complémentarité des compétences dans une équipe médicale). Cependant, Wenger recommande d’appartenir à 2 types de communauté : une qui partage la même spécialité (ex. pairs médecin urgentiste) et l’autre (équipe médicale, partage de compétences)

Le terme communauté ne doit pas revêtir un sens positif uniquement. Elle est faite aussi bien de quiétude, bohneur et harmonie que de désaccors, tensions et conflits : « La plupart des situations qui comportent des un engagement interpersonnel soutenu produisent leur part égale de tensions et de conflits (p.86) ». Désaccords, défis et compétitions sont aussi des formes de participation : « La révolte reflète souvent un plus grand engagement que ne le fait la conformité passive (p.86) ».

Une pratique partagée lie les participants de façon complexe et diversifiée. Ces liens reflètent tout la complexité du « faire ensemble ». Ils ne peuvent être simplement réduits à un seul principe de comme le pouvoir, le plaisir, la compétition, la collaboration, le désir les relations économiques, les arrangement fonctionnels ou le traitement de l’information. En réalité, les relations entre participants représentent des combinaisons complexes de pouvoir et dépendance, de joie et de peine, de compétence et d’impuissance, de succès et d’échec, d’abondance et de privation, d’autorité et de collégialité, de résistance et de conformité, de colère et de tendresse, d’attracvtion et de répulsion, de plaisir et d’ennui, , de confiance et de suspicion, d’amitié et de haine.

L’entreprise commune

2ème source de cohérence d’une communauté, la négociation d’une entreprise commune :

  • est le résultat d’un processus collectif de négociation qui reflète la complexité de l’engagement mutuel.
  • est définie par les participants en cours de processus. IL s’agit de leur réaction à leur situation, donc elle leur appartient.
  • n’est pas qu’un objectif, elle crée chez les participants une relation de responsabilité mutuelle qui devient partie intégrante de la pratique.

L’entreprise est négociée (p87) : Tout le monde partcipe à une entreprise commune qui consiste à définir en permance ce qui est pratique et tolérable (trouver une façon de faire ensemble, de vivre avec leur différences et de coordonner leurs ambitions repsectives, cela ne signifie pas que tt le monde paratge les mêmes conditions de travail, dilemmes ou solutions, les situations et solutions varient d’une personne à l’autre, d’un jour à l’autre)

En marge, l’auteur : »Chercher à conserver un statut convenable malgré le manque de reconnaissance a comme conséquence l’intégration d’une certaine dose de marginalité dans la pratique (cynisme discret et distance stratégique face à leur travail et l’entreprise) (p.87)

L’entreprise locale (p.88) : Les communautés se développent au sein de contextes plus généraux – historiques, sociaux, culturels, institutionnels – et avec des ressources et des contraintes particulières et la réalité quotidienne est produite par les participants eux-mêmes à l’intérieur de ce système d’influences. « Il s’agit donc de leur réponse aux conditions de travail, donc de leur entreprise. » « Leur pratique ne transforme pas les conditions institutionnelles de façon dramatique, néanmoins, elles constituent une réponse originale à ses normes ».

Le pouvoir, bienveillant ou malveillant, que les organisations, prescriptions ou individus ont sur la pratique est toujours médiatisé par la production de la pratique de la communauté. Les forces extérieures n’ont aucun contrôle direct sur cette production, car, en toute dernière analyse (c.-à-d. dans le « faire » par l’engagement mutuel dans le pratique), c’est la communauté qui négocie son entreprise (89).

Un régime de responsabilité mutuelle issu de la négociation de l’entreprise commune (p.90), d’un processus de négociation des buts poursuivis, de ce qui est important ou non, etc. Cela implique l’émergence de normes (règles, devoirs…), objectifs, politiques mais aussi de valeurs (amabilité, solidarité, partage…), qui font partie intégrantes de la pratique.

Le répertoire partagé

3ème source de cohérence d’une communauté : la création d’un répertoire partagé (p.91). Un répertoire commun fait de routines, vocabulaire, d’outils, de procédures, d’histoires, de symboles, des actions ou des concepts crées par la CoP,  etc.  « Ce répertoire combine des aspects liés à la réification et à la participation et il comprend les interprétations des membres de même que les styles qui permettent d’afficher leur appartenance et leur identité ».Chaque élément est porteur de signification.

Un aspect récurrent et un pouvoir de créer plus d’engagement dans la pratique. « Un mélange d’histoire et d’ambiguités » qui permet la construction de significations. « C’est la manière dont le passé demeure à la fois pertinent et significatif ».

Le répertoire d’une CoP constitue une ressource pour l’engagement mutuel, pour la négociation de sens, il est partagé de façon dynamique et interactive (p.92).

La négociation de sens dans la pratique

  • La participation et la réification sont imbriquées dans l’engagement mutuel.
  • Une entreprise commune peut créer des relations de responsabilité mutuelle sans être réifiée, débattue ou déclarée comme étant une entreprise.
  • Des histoires partagées d’engagement deviennent des sources de négociation de sens.

Une valeur paradoxale des CoP: Une capacité à créer une expérience positive et, à l’opposé, de tenir captif de cette expérience (p.92)

En tant que lieu d’engagement dans l’action, de relations interpersonnelles et de négociation d’entreprise, ces communautés détiennent la clé d’un véritable changement, celle d’une transformation qui a un impact sur la vie réelle des individus. Dans cette optique, l’influence d’autres dimensions, (par ex. le pouvoir d’une institution ou l’autorité d’un indiovidu) n’en est pas moins importante, mais il faut la saisir comme étant médiatisée par les communautés où ses significations sont négociées dans la pratique.

L’apprentissage

Dans ce chap. Wenger aborde l’apprentissage en tant que caractéristique de la pratique et traite du contenu des histoires partagées d’apprentissage : « Le maintien d’un engagement mutuel permet de partager un apprentissage significatif. Dans cette optique, les communautés peuvent être considérées comme des histoires partagées d’apprentissage (p.97) ». L’apprentissage est vu comme une forme de la pratique elle-même (intégré et moyen de reproduction naturel de la communauté)

Participation et réification, 2 facettes des histoires d’apprentissage

Participation et réification, 2 modes d’existence dans le temps : La participation et le réification interagissent mais leur existence temporelle s’effectue en rapport avec des objets différents (ex. un agent quitte l’entreprise, le système informatique conserve ses travaux/notes ou à l’inverse le système informatique tombe en panne, l’agent continue à participer). Le monde et nos expériences n’ont pas la même cadence, en interaction certes, ils ne se fusionnent pas (Ex. retour dans son quartier d’enfance : Le regard transformé est surpris de de retrouver les mêmes éléments ou traces « comme si leur constance nous les avait rendus totalement étrangers » et inversement, malgré le changements opérés « nous avons le sentiment que le vieux quartier continue de vivre, dans le passé et le présent, dans notre mémoire et dans nos gestes et qu’il constitue une partie indélébile de notre identité profonde) : « Participation convergent et divergent continuellement. Elles entrent en contact dans des moments de négociation de sens et s’influencent alors mutuellement. » (p.98)

Participation et réification, 2 modes de mémorisation et d’oubli : source/formes de mémorisation et d’oubli (ex. nous pouvons détruire des documents mais pas des souvenirs, nous oublions un évènement mais les traces laissées dans le monde nous les rappellent). La réification produit des formes qui perdurent, se transforment, se dispersent, ont une existence propre, ouvertes à de multiples réinterprétations (ex. une vieille lettre trouvée, des paroles regrettées, un croquis…) et « le processus de réification nous oblige à renégocier le sens des objets provenant du passé de la même façon qu’une cicatrice persiste à nous remémorer un acte insensé ou héroîque » (p.99). La participation est une source dans le façonnement de notre identité et dans notre besoin de nous reconnaître dans le passé (nos pensées transforment nos expériences en souvenirs intégrés et intérprétés (par nous ou les autres) dans une trajectoire identitaire. Nos formes de participation et nos points de vue changent au fil du temps et des expériences. La participation et la réification sont sources de mémoire et d’oubli, processus ouverts, leur entrecroisement continu construit nos histoires d’apprentissage (ex. céramique découverte, une pratique ancestrale qu’un archéologue étudie aujourd’ui grâce à l’identité qu’il s’est construit. Les individus sont liés à leur passé par des artefacts produits et par l’entremise de leurs expériences de participation)

Participation et réification, 2 sources de continuité et discontinuité : La discontinuité dans l’évolution des pratiques peut apparaître lorsque les participants adoptent de nouvelles positions, changent de direction, découvrent de nouvelles possibilités, se désintéressent, changent de vie, partenet en retraite, meurent : De nouveaux artéfacts, mots, idées, concepts, images et outils sont crées et adoptés alors que les anciens deviennent désuets ou abandonnées (p.101).Il y a continuité si on considère la reproduction de la communauté « dans la mesure où les générations qui se succèdent interagissent, une partie de l’histoire de la pratique continue de s’exprimer dans les reléations générationnelles qui structurent la communauté. « Le passé, le présent et le futur cohabitent » (une génération = un cycle de reproduction d’une CoP). Cependant, la discontinuité est d’ordre générationnel (redéploiement des relations en cascade : « les nouveaux venus deviennent les expérimentés et les novices de l’année précédente des guides pour les arrivants (p.101) ». Cet avancement a un effet significatif sur les participants qui forgent leur identité en fonction de leurs nouvelles perspectives (+ prise de conscience du chemin parcouru, de l’apprentissage : je peux aider les autre maintenant). La réification peut aussi comprendre des générations qui occasionnent des discontinuités : Un nouveau système informatique rendra désuet un réseau complet d’outils, d’artéfacts et de concepts. Et « comme la pratique est engagée dans la réification, ces discontinuités créeront également des transformations appréciables de la pratique (p.102) »

Participation et réification, 2 réseaux de pouvoir distincts (p.103). Le pouvoir de participation comprend l’influence, l’autorité personnelle, le népotisme, la discrimination systématique, le charisme, la confiance, l’amitié et l’abandon tandis que le pouvoir de réification comprend les lois, les poilitiques, l’autorité institutionnelle, les interprétations, les démonstrations controversées, les statistiques, les contrats, les régimes et les conceptions. Ces 2 formes sont complémentaires et se valorisent mutuellement (par ex. usage d’une pour contrebalancer l’excès de l’autre ou esquiver). Ce double pouvoir sert à la négociation de sens qui joue un rôle important dans la construction d’une pratique :

La négociation de sens représente la convergence de la particpation et de la réification, c’est donc dire que la maîtrise silultanée de la participation et de la réification permet d’avoir le contrôle sur le sens créé en rapport avec le contexte et sur le genre de personnes que les participants peuvent devenir (p.104)

Les histoires d’apprentissage

3 aspects d’une histoire d’apprentissage :

  1. la pratique n’est pas stable, elle combine continuité et discontinuité
  2. l’apprentissage dans la pratique comporte les 3 dimensions de la pratique (voir + haut)
  3. la pratique n’est pas un objet, mais elle est une structure émergente

Continuité et discontinuité : Les communautés doivent ajuster constamment leur pratique pour accomplir leur travail (dû à notes de service, nouvelles règles, procédures, évolution informatique…) tout en assurant un roulement de personnel. « Le processus de changement reflète non seulement l’adaptation à des tensions externes, mais aussi l’énergie consacrée dans l’agir et les relations mutuelles des individus  » : « Compte tenu du caractère routinier du travail, la fébrilité et la créativité de la communauté sont frappantes ». « Le changement perpétuel est tellement intégré à l’engagement quotidien dans la pratique qu’il passe souvent inaperçu ». « Tout le monde s’entend pour maintenir ce sentiment de continuité au sein des discontinuités ». (p.105)

L’apprentissage dans la pratique : Il n’est pas reconnu en tant que tel par les agents et geestionnaires (+ associé aux novices, parlent + de changement, de nouvelles idées, du passé…pourtant ils disent apprendre continuellement). L’engagement dans la pratique est à la fois la démarche et le but de la démarche. Leur apprentissage n’est pas un sujet statique, mais plutôt un engagement dans la participation à la création d’une pratique durable (p.106).

La création d’une pratique se fonde sur les 3 dimensions d’une communauté (histoires mutuelles d’engagement, négociation d’entreprises communes et de développement d’un répertoire partagé) et les communautés adoptent les processus d’apprentissage suivants dans la pratique (p.106) :

  • Des formes d’engagement mutuel qui évoluent : découvrir comment s’engager, ce qui aide et ce qui fait obstacle; établir des relations mutuelles; définir les identités, déterminer qui est qui, qui excelle dans telle ou telle activité, qui sait quoi, qui facile d’approche ou ne l’est pas.
  • Comprendre et orchestrer leur entreprise : harmoniser leur engagement avec celle-ci et apprendre à en devenir responsables et le demeurer; lutter pour définir l’entreprise et réconcilier les divergences d’interprétation sur sa nature.
  • Développer des répertoires, des styles et des discours : renégocier le sens de divers éléments; créer ou adopter des outils, des artéfacts et des interprétations; enregistrer les évènements et s’en rappeler; inventer de nouveaux termes, en redéfinir ou en abandonner d’autres; raconter encore et encore les mêmes histoires; créer et briser des routines.

Un apprentissage significatif influence ces dimensions de la pratique. C’est ce qui transforme la capacité de s’engager dans la pratique, de comprendre les raisons de son engagement et les ressources dont il dispose pour ce faire. Ce type d’apprentissage n’est pas un simple processus mental comme la mémorisation neurologique, le traitement de l »information par le cerveau ou l’accoutumance mécanique, bien que de tels processus y jouent certainement un rôle. Ce type d’apprentissage se rapporte à la création d’une pratique et à la capacité de négocier le sens. Il ne se limite pas à l’acquisition de souvenirs, d’habitudes ou de compétences, il concerne également la création d’une identité. Notre expérience et notre appartenance nous informent, nous rassemblent et nous tranforment.Nous créons des façons de participer dans la pratique et ce processus contribue à faire de la pratique ce qu’elle est. (p.106)

Les trajectoires d’apprentissage des nouveaux venus : les discontinuités générationnelles se transforment en continuité pour la communauté (reproduction)

L’apprentissage est le moteur de la pratique et la pratique en représente l’histoire. Par conséquent, les communautés de pratique ont des cycles de vie calqués sur ce processus. Elles se forment, se développent, évoluent et se dispersent selon le moment, la logique, la dynamique sociale et le rythme de leur apprentissage[…]Une communauté de pratique est fondée sur un apprentissage conjoint plutôt que sur des tâches réifiées qui ont une durée précise. (p.107)

Une structure émergente : La pratique est créée par la négociation de sens, cette négociation est un processus ouvert, le produit de ce processus est une pratique, càd une structure sociale à la fois malléable et constante (p.107)

Les discontinuités générationnelles

La durabilité d’une pratique est dépendante de l’arrivée de nouvelles générations. Les générations se rencontrent non pas dans lors de formations en salle mais en situation de travail. Les nouveaux agents disent avoir appris en traitant les réclamations elles-mêmes, et non grâce à la formation (« plus on en fait, plus on comprend et si on ne comprend pas, on demande »). La transition entre la formation reçue et le travail apparait même difficile, pour Wenger, cela réside dans la difficulté à entrer dans la CoP, il considère même que la reconnaisse des efforts par l’entreprise, les encouragements et l’amélioration du processus pour intégrer les nouveaux seraient plus efficaces qu’une formation de logue durée (p.110)

La participation légitime périphérique soulignait que « l’apprentissage ne passe pas par la réification d’un programme, mais plutôt pas des formes de participation modifiées et construite sen vue d’ouvrir l’accès à la pratique ». La périphicité permet d’approcher la pratique (« en réduisant l’intensité et les risques, en donnant du soutien individuel, en diminuant le coût des erreurs, en offrant un encadrement soutenu ou en allégeant les pressions exercées par les quotas de production ») en donnant accès aux 3 dimensions. Le programme devient lui-même la CoP. La légitimité peut prendre plusieurs formes (« être utile, être parrainé, être redoutable, être le bon type de personne, être bien né). Grâce à une légitimité suffisante, toutes les bévues peuvent devenir des occasions d’apprentissage plutôt que des causes d’abandon, de négligence ou d’exclusion (ex. accès doctorat par entremise d’un professeur) (p.112)

La pratique en tant qu’apprentissage :

Les processus éducatifs fondés sur la participation sont efficaces pour favoriser l’apprentissage, non seulement parce qu’ils sont meilleurs sur le plan pédagogique, mais également parce qu’ils sont en sorte adéquats sur le plan « épistémologique ». Il y a un lien entre savoir et apprendre, entre la nature des compétences et les processus qui permettent de les acquérir, de les partager et des les approfondir (p.112).

La pratique est une histoire partagée d’apprentissage qui exige un certain rattrapage pour y adhérer […]La pratique est un processus permanant  (p.112).

Les frontières

La dualité des relations frontières

La participation et la réification en tant que connexions (p.117)

La participation et la réification en tant que connexions (p.117)

La frontière d’une CoP peut être réifiée en signes explicites (titres vêtements, tatouages, diplômes, rites d’initiation…) ou tacites (jargon, style, relations…).

La participation et le reification peuvent contribuer simultanément à la perméabilité d’une frontière et peuvent influencer les pratiques par :

  • Les objets frontières : artéfacts – documents, formulaires, contrats, concepts, outils – etc. (Même une forêt peut être un objet frontière, pour les biologistes, les amateurs de jogging, les militants écologistes, les exploitants forestiers, etc.), autours desquels les CoP organisent leurs interconnexions. C’est un objet de coordination entre pratiques qui unit des formes disjointes de participation. 4 caractéristiques pour qu’un artefact agisse comme objet frontière : Modulaire (ex. un journal), abstrait (ex. une carte partielle), polyvalent (ex. immeuble de bureaux), standard (directement interprétable) (p.119).
  • Le courtage : Une forme de participation. Représente des liens amorcés par des individus en mesure de transférer des éléments d’une pratique vers une autre pratique (« import-export »). Processus de traduction coordination et d’alignement des perspectives. Les courtiers doivent être capables d’établir de nouveaux liens entre les CoP, de permettre la coordination et de faciliter la construction de sens. Le courtage comporte des risques pour un membre: L’isolation dû aux relations ambivalentes d’appartenance (ex. entre une communauté et sa direction) et le déracinement de la pratique par la perte de négociation de sens (ex. un projet en cours). Il doit avoir la capacité de gérer appartenance et non-appartenance, distance et légitimité.
Les types de rencontre frontières (p.124)

Les types de rencontre frontières (p.124)

Les rencontres frontières peuvent être des réunions, conversations, visites.

La pratique en tant que lien

La pratique, frontière à franchir de l’extérieur comme de l’intérieur, possède 3 dimensions : Liens étroits et façons de s’engager les envers les autres, compréhension détaillée et complexe de leur entreprise, un répertoire non partagé. Cependant elle offre une connexion qui acquiert une histoire : Un engagement mutuel (donc des relations), des connexions à maintenir, des éléments frontières dans le répertoire.

Les types de connexion fournies par la pratique (p.126)

Les types de connexion fournies par la pratique (p.126)

  • Les pratiques frontières : Etablissement d’une rencontre avec échanges continus dans le cadre d’une engagement mutuel…la pratique prendra forme
  • Les chevauchements : Chevauchement direct et soutenu de 2 pratiques, lorsqu’un jumelage est nécessaire (ex. techniciens et agents)
  • Les périphéries : Expériences en périphérie (ex. pour offir ou recevoir un service) de personnes ou communautés offrant différents niveaux d’engagement. Lieu propice au changement, à l’infiltration d’idées.

Le paysage de la pratique

Les CoP se définissent par l’engagement dans la pratique. Informelles, organiques, elles tendent à échapper aux contours/frontières institutionnelles. Les frontières de la pratique sont constamment renégociées. Les frontières réfèrent à des discontinuités (inclusion/exclusion, appartenance/non appartenance) et les périphéries à des continuités (connexions, ouverture et lieux de rencontres, possibilités de participation…). La périphicité est ambigue car elle peut permettre l’accès à une pratique comme empêcher les gens de l’extérieur de progresser plus avant (132).

En érigeant des frontières et des périphéries, le terrain de la pratique forme une texture complexe de distinctions et d’associations, de possibilités et d’impossibilités,n d’ouverture et de fermeture, de limite et de latitude, de participation et de non participation.

Le domaine et les contours d’une CoP

Dans une CoP, les membres donnent un sens à leur activité quotidienne, ils ont une histoire soutenue d’engagement mutuel, ils négocient entre eux leurs activités, leur façon de se comporter, leur lien avec la compagnie, et le sens de artefacts auxquels ils ont recours. Ils ont développé des routines internes et des moyens de soutenir leur travail collectif. Ils savent à qui s’adresser en cas de doute et ils intègrent des novices (p.136).

Les indicateurs de formation renvoient aux 3D d’une CoP et pourraient inclure (p.138) :

  • des relations soutenues, harmonieuses ou conflictuelles;
  • des manières communes de s’engager à faire les choses ensemble;
  • la circulation rapide de l’information et la diffusion de l’innovation;
  • l’absence de préambule, comme si les conversations et les interactions étaient simplement la continuation d’un processus en cours;
  • une définition rapide du problème à discuter;
  • un chevauchement substantiel dans l’identification commune des participants;
  • savoir ce que les autres savent, ce qu’ils peuvent faire et comment ils peuvent contribuer à une entreprise;
  • des identités définies mutuellement;
  • l’habileté d’évaluer la pertinence des actions et des résultats;
  • des outils spécifiques, des représentations et autres artéfacts;
  • des coutumes locales, des histoires partagées, des blagues d’initiés, des connivences;
  • un jargon et des tournures pour communiquer et la facilité d’en produire de nouveaux;
  • certains styles qui peuvent être reconnus comme démontrant l’appartenance;
  • un discours partagé reflétant une certaine perspective sur le monde.

Wenger utilise le concept de constellations de pratiques : Ce peut être des CoP qui se côtoient ou dont le pourtout est mal défini, une certaine configuration de pratiques, des liens entre elles (p.142). Elles consistent en des communautés et des frontières qui définissent 2 types de diversité : une diversité au sein de la pratque qui nait d’un engagement mutuel, une diversité causée par les frontières qui nait d’un manque d’engagement mutuel. « La paysage de la pratique est une structure émergente au sein de laquelle l’apprentissage créée constamment des lieux de développement (p.144). »

Synthèse : Le savoir dans la pratique

« Une communauté de pratique représente un régime de compétences négocié localement (p.152) ». A propos de l’apprentissage : La compétence peut diriger l’expérience, et l’expérience la compétence (p.153); c’est dans cette interaction que réside l’apprentissage individuel et collectif. « Le savoir est défini seulement dans le cadre de pratiques particulières, où il émane de la combinaison d’un régime de compétences et d’une expérience de signification (p.156) ». L’expérience du savoir est une expérience de participation.

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