Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
La théorie des CoP: Apprentissage, sens et identité (3/4)

L’identité


Nous prenons conscience de nous-mêmes par ce qui est familier ou ce que nous pouvons négocier et qu’en contrepartie, nous prenons conscience de ce que nous ne sommes pas par ce qui est étranger, inexplicable et hors de contrôle (p.188)

  • Pour Wenger, l’identité est vue comme un processus de constitution mutuelle entre la personne et la communauté. « C’est l’effet combiné qui compte (p.162) ».
  • « Construire une identité consiste à négocier les significations de l’expérience d’appartenance à des communautés sociales » (p.161)
  • « Nos identités sont liées autant à la nature de la pratique qu’à notre position dans cette pratique et celle de nos communautés à l’intérieur de structures sociales plus globales. »
  • L’identité est une expérience et une démonstration de compétence (p.170)

L’identité en tant que processus d’apprentissage :

« Elle est une trajectoire dans le temps qui incorpore à la fois le passé et le futur dans la signification du présent (p.181).Plusieurs types de trajectoires :

  • Des trajectoires périphériques (par choix ou nécessité)
  • Des trajectoires vers l’intérieur (ex. des novices)
  • Des trajectoires intérieures (parce que la pratique évolue)
  • Des trajectoires frontières (travail de courtage)
  • Des trajectoires vers l’extérieur (tel un enfant qui grandit, quête d’une position nouvelle…)

La participation et la non participation :

L’identité se construit tant par notre participation que notre non-participation à certaines pratiques. Les 2 sont autant une source d’identité, leur combinaison fournit de la cohérence (ex. un novice qui ne comprend pas une conversation mais se trouvant sur une trajectoire de participation)

4 catégories principales de participation (p.188) :

  • La participation complète (un membre à l’interne)
  • La non-participation complète (un étranger)
  • La périphéricité (participation rendue possible par la non-participation, menant à une participation complète ou une trajectoire périphérique)
  • La marginalité (participation restreinte par la non participation qui mène à la non-appartenance ou à un position marginale)

Les sources de participation et non-participation dans la vie proviennent de (p.189):

  1. Comment nous nous positionnons dans le champ social
  2. Ce qui nous préoccupe et ce que nous négligeons
  3. Ce que nous essayons de savoir et de comprendre et ce que nous choisissons d’ignorer
  4. Ceux que nous recherchons et ceux que nous évitons
  5. Comment nous nous engageons et comment nous canalisons notre énergie
  6. Comment nous tentons d’orienter nos trajectoires

La non-participation en contexte institutionnel peut devenir une caractéristique définissant une pratique (p.191) : issu du design du contexte institutionnel, du compromis à trouver pour son identité (engagé oui mais pas trop ! « On ne parle pas travail à table »), une stratégie (La non-participation est source de désengagement et d’ennui et source de liberté et d’autonomie – « ouf, la journée est finie »), un moyen de se protéger (ne pas prendre pour soi les insultes des clients).

Les modes d’appartenance :

Les modes d'appartenance (p.194)

Les modes d'appartenance (p.194)

Pour donner un sens aux processus de formation d’identité et d’apprentissage, 3 modes d’appartenance à des communautés sont considérés : l’engagement (un engagement concret dans des processus mutuels de négociation de sens) , l’imagination (création de représentations du monde et de liens spatio-temporels en extrapolant à partir de notre expérience) et l’alignement (mobilisation de notre énergie et de nos activités dans le but de les adapter à des structures plus globales et ainsi contribuer à des entreprises de + grande envergure).Les modes d’appartenance procurent un cadre conceptuel qui permet d’interpréter la constitution des communautés plutôt que d’en faire des catégories distinctes.
L’engagement L’imagination L’alignement
Triple processus qui comprend la combinaison de :– la négociation de sens en cours,– la formation de trajectoires

– le déroulement d’histoires de pratique

Compromis : il a le pouvoir autant de transformer les communautés, les pratiques, les artefacts que de restreindre l’accès, isoler la compétence, contenir l’identité.

Composante du sens donnée à l’expérience du monde (ex. 2 tailleurs à qui on demande ce qu’ils font…l’un « Je suis en train de couper une pierre en carré presque parfait », l’autre « Je suis en train de construire une cathédrale »). Ils font et apprennent 2 choses différentes bien qu’une même activité. »Processus d’épanouissement personnel qui transcende le tps et l’espace en créant de nouvelles représentations de soi et du monde ».Compromis : Elle donne autant le pouvoir de nous situer dans l’univers et dans l’histoire et intégrer d’autres sens et perspectives à notre identité que de préjuger de certaines pratiques, de nous isoler, de perdre la contact avec le sens d’efficience sociale. « Processus qui combine temps et espace au sein d’entreprises d’envergure de façon à ce que le participants puissent coordonner leur énergie, leur action et leur pratique » (ex. respecter la loi, se conformer à une décision, contribuer à une vente…). Il a le pouvoir d’orienter et d’aligner l’énergie des autres, condition d’une action organisée socialement. Il peut contribuer à créer une CoP (ex. mouvement social de protection de l’environnement)Compromis : Il donne autant le pouvoir de produire des actions, des artéfacts et de donner de l’envergure aux actions en coordonnant les multiples particularités, compétences et points de vue qu’une forme d’allégeance peut écarter les remises en question, rendre vulnérable, isoler au lieu de rassembler, générer des conflits d’intérêts…
Le travail d’engagement : Former des CoP- Définir une entreprise commune et sa poursuite de concert avec les autres ->- un engagement mutuel dans des activités partagées;

– l’accumulation d’une histoire d’expériences partagées;

– la production d’un régime local de compétences;

– le développement de relations interpersonnelles;

– le sens de trajectoires interactives qui façonnent les identités les unes par rapport aux autres;

– la gestion des frontières;

– l’ouverture de périphéries qui permettent différents degrés d’engagement.

Le travail d’imagination : se désengager, prendre du recul, examiner l’engagement d’un autre oeil. Explorer, prendre des risques, créer des liens imprévus. L’imagination a besoin de matériau pour réifier (La réification peut procurer des outils d’imagination -cartes, visualisations, récits, simulations- ou un langage)- reconnaître notre expérience dans les autres; savoir ce que les autres font; être dans la peau de quelqu’un d’autre;- définir une trajectoire qui lie ce que nous faisons à une identité élargie; nous voir sous un regard nouveau;- localiser notre engagement dans des systèmes plus vastes dans le temps et l’espace, concevoir les multiples constellations qui sont des contextes pour nos pratiques;- partager récits, interprétations et descriptions

– permettre l’accès à des pratiques éloignées par des excursions et des contacts rapides (visites, conversations, observations et rencontres);

– endosser le sens profond d’actions et d’artéfacts étrangers

– créer des modèles; réifier des processus; produire des artéfacts représentationnels;

– documenter des développements, des évènements et des transitions historiques, réinterpréter des récits et des trajectoires en termes nouveaux; utiliser l’histoire pour voir le présent comme une possibilité parmi tant d’autres et le futur comme plusieurs possibilités;

– générer des scénarios; explorer d’autres façons de faire, d’autres univers possibles et d’autres identités.

Le travail d’alignement : coordonner les perspectives et les actions, adapter les efforts locaux, communiquer les finalités, besoins, méthodes et critères :- concentrer son énergie vers un but précis;

– négocier des perspectives; trouver une base commune;

– imposer sa propre vision en utilisant le pouvoir et l’autorité;

– convaincre; inspirer, unir;

– définir des visions et des aspirations globales;

– expliquer une procédure; quantifier et contrôler les structures souples (càd utilisables à travers les frontières);

– traverser les frontières; créer des pratiques bien délimitées; réconcilier des perspectives divergentes.

L’identification et le négociabilité

L’identité se forme au cœur de la tension entre notre engagement personnel dans des formes variées d’appartenance et notre habileté à renégocier les significations essentielles dans ces contextes.

L’identification permet de construire notre identité à travers l’engagement de soi dans des relations d’association et de différenciation tandis que la négociabilité détermine le degré selon lequel nous contrôlons l’objet sur lequel portent les significations.

Ecologie sociale de l'identité (p.210)

Ecologie sociale de l'identité (p.210)

Les composants de base d’une écologie sociale :– des dimensions pratiques et des dimensions d’identité– des relations de participation versus de non-participation

– des modes d’appartenance qui produisent des formes variées de regroupements à différents niveaux d’assemblage

– des processus de construction d’identité : identification et négociabilité

– un double aspect de structure sociale : des communautés et des économies de sens

– une double dimension du statut social : l’appartenance et la propriété de sens.

L’identité : un effet combine d’identification et de négociabilité qui fait émerger les questions de pouvoir. Un pouvoir conçu avant tout en termes d’habileté d’agir en fonction de finalités et d’intérêts divergents et pas seulement sous l’angle du conflit ou de la domination (p.211)

Le concept d’identification est utilisé en psychologie pour désigner des liens entre des personnes précises, Wenger l’augmente en précisant qu’il s’agit du lien « entre les participants et les constituants de leur univers social, ce qui inclut d’autres participants, des configurations sociales, des catégories, des projets et des artéfacts (p.213). L’identification est un processus qui passe par l’engagement, l’imagination, l’alignement et il l’utilise pour expliquer comment les significations acquièrent de l’importance.

L’identité dans la pratique est une expérience du connu et de l’inconnu

La négociabilité réfère à l’habileté de négocier les significations. elle est façonnée par les économies de sens et la propriété de sens. L’économie de sens réfère à la « production sociale et l’adoption de sens avec la possibilité qu’elle soit le fruit d’une négociation inégale et d’une propriété contestée parmi les participants (p229) (ex. la feuille de calcul Alinsu). La propriété de sens renvoie à ce que « nous pouvons utiliser, influencer, contrôler et modifier et, en général, défendre comme sien le sens négocié (p.220) ». La négociabilité passe par l’engagement dans les processus de production de sens et d’adoption de sens et la compétence s’acquiert que si l’individu en fait l’expérience (ex. brainstorming?), indissociables, ils fournissent mutuellement la capacité d’apprendre.

  • « Le travail d’identification peut être décrit par des concepts tels que se centrer sur la dynamique sociale, l’inclusion et l’exclusion, l’engagement, l’affinité et la différenciation, l’allégeance, la solidarité, le rassemblement, les stéréotypes, les trajectoire paradigmatiques, la confiance, les récits partagés, l’indulgence, les frontières bien définies, l’acceptation, l’inspiration et les récits d’identités.
  • le travail de négociabilité peut être décrit avec des expressions telles que fournir l’accès à l’information, écouter d’autres points de vue, expliquer les causes, élaborer des politiques organisationnelles et des processus plus transparents, rechercher un certain contrôle, solliciter des contributions, définir des droits individuels, centraliser ou distribuer l’autorité, négocier et renforcer des normes communes, permettre la participation aux processus de décision et à l’argumentation, partager des responsabilités et, enfin, accorder le droit de vote (p.229) ».

« Il est important de se préoccuper des questions de négociabilité et de propriété de sens afin d’assurer une cohésion stable et soutenue (p.231) »

  • Les CoP sont un lieu d’acquisition du savoir par ses possibilités d’accès à la compétence et sa dynamique d’expérience d’engagement où la compétence est intégrée à une identité de participation (p.235)
  • Les CoP sont un lieu de création du savoir car elles permettent de nouvelles prises de conscience par un engagement mutuel centré sur une entreprise partagée (ibid.)
  • L’interaction de l’expérience et de la compétence favorisent l’apprentissage si elles demeurent sous tension
  • L’apprentissage est une expérience de construction d’identité, et pas seulement un assemblages d’habiletés et d’informations (ibid.).
  • Un noyau se solidifie et crée de nouvelles connaissances en permettant l’émergence de nouvelles expériences et de nouvelles formes de compétence ainsi que des interactions avec la périphérie (p.237).
  • « La combinaison engagement et imagnation résulte en une pratique réflexive » (Voir Schon 1983 : pratique réfléchie = caractéristique principale de la créativité pro.) – « La combinaison imagination et alignement rend apte à agir en fonction d’un univers de possibles » – La combinaison engagement et alignement offre des convergences et des possibilités d’apprentissage et d’identité. (p.238)
  • « La reconfiguration des liens d’identification et de négociabilité est aussi importante pour l’apprentissage que l’accès à des éléments précis d’informations (p.240) ».
  • « L’apprentissage entraîne l’habileté de négocier de nouvelles significations et celle de devenir une nouvelle personne (p.239) ». Il provoque un changement de position dans la CoP.

Les chap. 7, 8 et 9 font référence indirectement aux normes et aux valeurs.

Leave a Reply