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L’hypothèse de la cognition (ou action) située…

Pour la partie qui nous intéresse, l’auteur nous éclaire sur l’hypothèse de la cognition (action) située qui s’est imposée en 1987 avec l’ouvrage de Lucy Suchman, « Plans and situated actions ». .

Introduction : un événement dans une conjoncture

L’hypothèse de la cognition (ou action) située s’est imposée en 1987 avec l’ouvrage de Lucy Suchman « Plans and situated actions ». C’est la réflexion philosophique de Dreyfus qui critiqua la paradigme cognitiviste (« l’homme comme système symbolique de traitement de l’information » et l’IA, qui influenca les travaux de Suchman à Palo Alto, le « Centre d’Étude du Langage et de l’Information » (CSLI). Elle travaillait avec T. Winograd.

Opposé au paradigme de l’homme comme système symbolique de traitement de l’information, se développe aux Etats-Unis une anthropologie cognitive des situations modernes, de travail, de vie quotidienne et d’éducation (Cole, & Scrib-ner, 1974 ; Cicourel, 1979 ; Rogoff, & Lave, 1984 ; Lave, 1985, 1988, 1991). Touts ces études ethnométhodologiques montraient l’inadéquation de l’hypothèse et des notions cognitivistes et fournissaient des descriptions empiriques d’activités humaines dans des situations diverses.

Certains comme Engeström (1987), ont proposé un retour à la psychologie de Vygotsky qui avait mis l’accent sur la médiation opérée par les outils, les signes et la culture.

Le contenu de « plans and situated actions »

Suchman étudie l’interaction avec une photocopieuse Xerox, équipée d’un système expert d’aide. La machine indique que faire, et les gens sont censés exécuter. Suchman analyse des conversations échangées et des actions effectuées par un couple d’utilisateurs. Ils s’engagent dans une interaction interprétative et constructive de la situation telle qu’elle se déroule, ils utilisent le plan comme une ressource interprétative supplémentaire, et non pas comme le générateur, le contrôleur de l’action. Suchman repère que les protagonistes donnent dun sens au comportement de la machine en lui prêtant des intentions – « elle répond à une commande, elle ne peut pas faire ci, ne veut pas faire ça » – l’assimilant au mode d’interaction homme-homme.

Des significations émergent de l’interaction : chaque nouvelle action et réponse de la machine est réinterprétée ; Ils ne se demandent pas comme la plan : « par quoi je commence, et qu’est ce que je dois faire ensuite ? mais plutôt : qu’est ce qui se passe ? ». Si bien qu’un utilisateur passe son temps à interpréter les plans d’actions affichés par la machine en fonction du comportement de la machine !

Loin de suivre la procédure ou la plan, l’utilisateur  réinterprète la situation dynamiquement. Etant dans une boucle réciproque d’interprétation,il utilise les instructions pour faire sens de l’environnement, et l’environnement pour faire sens des instructions. La procédure (ou plan) devient un modèle heuristique, un aide-mémoire.

L’hypothèse de la cognition (ou action) située comme alternative à celle de l’homme comme système symbolique de traitement de l’information

La cognition ne se situe pas dans la tête, mais dans un entre-deux, entre l’acteur et la situation, dont font partie les autres acteurs, et les phénomènes cognitifs concernent essentiellement la perception et l’action dans une situation authentique.

L »hypothèse de « l’homme comme système symbolique de traitement de l’information »  est fondée « sur la possibilité de séparer la cognition de la perception et de l’action et affirme que la cognition consiste en des opérations logiques sur des représentations symboliques implantées indifféremment dans un cerveau ou un ordinateur (p.14) »

Pour Suchman, si l’action a pu apparaître comme suivant des plans symboliques, qu’ils soient séquentiels ou hiérarchiques, c’est grâce à une illusion rétrospective : nous croyons que les descriptions que nous effectuons de nos actions, qui nous apparaissent comme des récits suivant un plan, rendent compte de la production (ou genèse) de ces actions (p.14)

Le paradoxe de la descriptibilité et de la réflexivité de l’action dans l’ethnométhodologie

Suchman introduit 2 questions : La question de la cognition, comme manifestation de savoirs acquis et comme création de savoirs nouveaux.

Theureau résume la pensée et l’approche ethnométhodologique de Garfinkel : « la descriptibilité et la réflexivité des activités pratiques, qui sont inhérentes à ces dernières, échappent aux acteurs qui les accomplissent, mais sont actualisables en une description langagière adéquate par l’ethnométhodologue qui examine le comportement ici et maintenant de ces acteurs en tant qu’il manifeste cette descriptibilité et cette réflexivité » (p.15).

Source

Theureau, J., 2004,  L’hypothèse de la cognition (ou action) située et la tradition d’analyse du travail de l’ergonomie de langue française, in @ctivités, Vol.1, n°2, pp. 11-25

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