Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Les communautés de pratique sont-elles pertinentes ?
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relire le résumé pour l’insérer d’u point de vue critique dans l’article

Résumé

La conception des CP fait l’objet de la première partie : La réflexion en termes de CP est née de travaux en gestion sur l’apprentissage organisationnel et la pratique (« Ses promoteurs se revendiquent davantage du champ de la science des organisations plus que du « mainstream » de la sociologie, p19).
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La deuxième partie s’intéresse au fondement des CP et interroge : la communauté par la pratique et / ou la pratique d’une communauté (relations entre structure et action et « la » pratique), le périmètre des CP, une opérationnalisation en doute, les phénomènes de pouvoir sous estimés, la différence avec la notion de communauté professionnelle (en sciences sociales), son management stratégique à étudier.

Introduction

A partir d’une extrait d’une journée de rencontres au sein d’un laboratoire (CRIGO), l’auteur soulève les 1ères questions, les 1ères ambiguités : un même lieu, une même temporalité, des activités partagées, des interactions, fréquentes, une production d’idées, une CoP ? Qui sont les membres (parmi chercheurs, doctorants, assistantes, ancien thésard…? Que « partagent » ils vraiment ? L’atmosphère est-elle toujours idyllique ?…

L’auteur demande à délimiter plus précisément la conception des CoP et à renforcer théoriquement le concept pour mieux comprendre les organisations  et observer les dynamiques organisationnelles.

La CoP : Une notion riche, des applications empiriques éloquentes

L’apprentissage collectif et la pratique, deux origines conceptuelles des CP

Depuis Wright (1936) et Simon (50′), on s’intéresse à l’apprentissage et la transmission des connaissances dans les organisations. Des travaux sur les connaissances et la mémoire de l’entreprise sont apparus (Girod, 1995; Walsh & Ungson, 1991). La question de l’apprentissage organisationnel a été soutenue (Argyris & Schon, 1978; Koenig, 1997; Kim, 1993). Des travaux sur le ‘bon’ niveau de l’apprentissage, le stockage et le transfert formalisé des connaissances, les discours, les activités (Hatchuel, 1994; Hutchins, 1990), la notion de pratique (Brown & Duguid, 1991; Gherardi, 2000; Gherardi, et al., 1998), l’apprentissage par la pratique (Suchman, 1987; Lave, 1988). Pour ces derniers, l’apprentissage par la pratique renvoie au « faire », dépendamment du contexte. Un faire situé historiquement et socialement (Cook & Brown, 1999, p. 386 – 387). La pratique est toujours une pratique sociale revêtue de sens (Wenger; 1998, 2000).

Qu’est-ce qu’une communauté de pratique ?

La pratique d’une communauté est à l’origine de – et éclairée par – la « négociation du sens ». Celle-ci peut être explicite (e. g., si elle dérive de discussions entre individus) ou plus tacite (e. g. si elle repose sur des conventions tacitement admises) (p.4)

3 dimensions caractéristiques : l’engagement mutuel, l’entreprise commune, le répertoire partagé.

Les communautés de pratique en pratique

La conception des CP se penche sur le fonctionnement effectif, et non seulement prescrit et abstrait. Pourtant,  la notion de CP a fait l’objet d’abondants travaux théoriques, tandis que les investigations empiriques sont restées beaucoup plus rares. Cet étonnement s’explique en grande partie par les difficultés d’opérationnalisation de la notion.
Nous présentons ici les trois communautés de pratique les plus connues, auxquelles la plupart des travaux du champ font référence.

La méthodologie privilégiée par ces auteurs

Des méthodes qualitatives. Des études de cas approfondies à partir d’observation participante longitudinale et d’entretiens semi-directifs, des ethnographies (Orr ou Wenger, 1990 > 1 an de suivi d’ une équipe réparateurs de photocopieurs ou d’un service de traitement des dossiers de remboursement…).Vaast critique le manque de justification du choix des extraits de vie et leur représentativité dans leurs études (rajoute Gherardi et Nicolini).

L’auteur décrit l’exemple des réparateurs de photocopieurs de Orr (1990, 1996), du service de traitement des dossiers d’assurance maladie de Wenger (1998), des équipes de construction de Gherardi et Nicolini (2000).

Deux faux problèmes mais de vraies questions

Les 2 problèmes :

Une récupération managériale indue ? : un succès surprenant (« lean organisation » avec des relations rationalisées), des difficultés pour opérationnaliser la concept compte tenu de l’idiosyncrasie des communautés (pas de recette), mais un concept pour instaurer un dialogue entre théories et pratiques managériales, des difficultés à différencier groupes de travail et CoPs.

Les CoP existent elles ? : une opérationnalisation difficile, rien de neuf pour une conception ancienne, des phénomènes préexisistant mais non considérés auparavant, rien d’inédit en science des organisations (Les expériences d’Hawthorne, années 30′). » Cependant, penser en termes de CoP constituerait alors un analyseur original qui pointe des aspects méconnus des dynamiques organisationnelles » (p.8).

La communauté par la pratique ou la pratique d’une communauté ?

Est-ce la pratique qui fait la communauté, ou la communauté qui crée sa pratique ? (p.8)

La commuanuté par la pratique

Les CP peuvent d’abord naître de la pratique. Autour de l’activité concrète se jouent la performance du collectif, la signification des activités, la création de savoirs communs. La pratique devient l’unité d’analyse de la CP. Et l’auteur de s’interroger sur  la définition de la pratique : la CoP est-elle la communauté d’une pratique, de pratiques, d’une méta-pratique ?

La pratique, entre reproduction des structures sociales et actions individuelles

Pour Brown et Duguid (1991), considérer la pratique est essentiel pour comprendre le travail réel. Ils s’appuient sur la distinction de Bourdieu (1972) entre le modus operandi et l’opus operatum et sur Suchman (1987). L’auteur critique le rapprochement des conceptions « situées » de la pratique à la théorie de Bourdieu (1972, 1994) car Bourdieu critique la pertinence de la tradition ethnométhodologiste (1972, p. 234 : manque de distance critique). De plus, elle regrette le manque de questionnements sur la génération, la reproduction et la transformation des systèmes sociaux et note que Wenger est celui qui est allé le plus loin dans la réflexion sur la dualité structure / action, mais sa position théorique n’est pas suffisament clarifiée (Dans son ouvrage de 1998, Wenger évite les débats en plaçant en appendice les discussions théoriques que sa conception appelle sans les discréminer. Par ex, Wenger estime que sa conception de la pratique est plus proche de celle de Giddens et que Bourdieux est plus grand théoricien de la pratique, il accumule aussi de références hétérogènes sans préciser
leurs apports pour sa propre réflexion (Marx…).

La pratique ou les pratiques de la CoP ?

La communauté de pratique : son singulier aiguillonne. S’appuie-t-elle sur le partage d’une même pratique, ou sur plusieurs pratiques rassemblées en une ‘meta’ pratique ?. L’auteur est bien incapable de répondre et bute même sur la définition d’une CoP.

La pratique d’une communauté

Le terme de communauté ou de CoP est un terme qui séduit le domaine managérial (dimensions de partage, d’identité commune, de dépassement de l’individualisme…) mais son contour reste flou et confus. La dimension communautaire des CoP offre  un intérêt analytique majeur.

Les frontières des communautés de pratique restent floues et sont l’objet de phénomènes. Les principaux auteurs distinguent peu les CoP, à l’aide de critères, d’autres groupes, plus ou moins temporaires ou spécifiques. Wenger ne facilite pas l’opérationnalisation de la notion de CP et la délimitation en introduisant la notion de constellation  (une CP est comprise dans une CP de taille supérieure qui peut elle-même être imbriquée dans d’autres CP…). Brown et Duguid indentifient des réseaux de pratique marqués par la partage de pratiques nombreuses et des liens plus intenses.

Pour pouvoir délimitation la notion de CoP et l’opérationnaliser, Vaast propose de de faire appel aux apports de la psychosociologie (groupes restreints, primaires, secondaires, etc. : voir Anzieu & Martin, 1986), des apports méthodologiques et conceptuels de la sociologie du travail (Dubar, 1991; Lucas & Dubar, 1994; Sainsaulieu, 1988). Enfin, une méthodologie plurielle pourrait contribuer à identifier plus précisément les CP (à base de critères objectifs et subjectifs).

Les CP à l’épreuve du dedans et du dehors

Vaast pointe un certain flou concernant les dynamiques internes et externes des CoP : les phénomènes de pouvoir, et la distinction entre CP et communauté professionnelle, pour aider à rendre compte de trajectoires spécifiques.

Les CP du dedans : une sous-estimation des phénomènes de pouvoir. Les tensions et le pouvoir d’influence inégalement partagé sont écartés et curieusement absent des travaux sur les CP. Vaast critique les travaux de Orr et Wenger sur cet aspect et pointe le manque de justification dans le choix des communautés en question. Elle analyse les références faites au pouvoir dans l’ouvrage de Wenger. Fox (2000) propose d’intégrer les apports de la conception du pouvoir de Foucault et de la théorie de l’acteur-réseau (cf. Latour et Woolgar, 1986). Les 3 théories partagent un intérêt centreal mais avec des niveaux d’observation et des échelles temporelles différentes (p.17).

Du dedans ou du dehors ? Les relations entre CP et entre CP et communautés professionnelles…des conflits existent et Vaast les met en évidence avec l’exemple des chefs de chantier (Gherardi, 2000). De même que la vision exclusivement interne des CoP est soulignée et la non-prise en compte des relations avec le reste de l’organsiation ou d’autres CoP.

CoP et communautés professionnelles…il est possible d’utiliser l’un pour l’autre, il n’y a pas eu d’apport distinctif, mais Vaast en décrit quelques caractéristiques (p.19) : Professions établies vs groupes restreints non reconnus officiellement et pratiques peu formalisées et se réfère à la terminologie anglaise.

Wenger (1998) différencie le concept de CP de celui de communauté professionnelle par le biais de l’apprentissage :
p. 283 : “Dans la recherche en organisation, la perspective des communautés professionnelles est contrastée avec celle [des communautés de pratique] par les façons de rendre compte de la formation de l’identité en pratique. Même si l’apprentissage est sans doute une préoccupation d’arrière-plan, ces études s’intéressent avant tout au contrôle de la profession par elle-même, à la déqualification et aux carrières en relation avec les situations d’emploi »
« Les trajectoires des communautés de pratique pourraient faire l’objet d’investigations plus profondes par la prise en compte de leurs relations avec les communautés professionnelles (p.20)…Vaast relate un phénomène d’émergence de CoP entre radilogues et techniciens autour d’un nouveau scanner (Barley (1986, 1990), ou encore des membres R&D d »organisations différéntes ‘jouent’ de (et avec) leurs appartenances en fonction des situations (Bouty, 2000).

Conclusion

p.21…Théoriser et opérationnaliser plus précisément la notion, approfondir les phénomènes de pouvoir et les relations entre CP ainsi qu’avec les communautés professionnelles, clarifier la notion, questionner ses apports à la discipline du management (des sociétés de conseil qui recommandent de « diriger » les CP tandis que des tenants des CoP insistent sur la difficulté du management à maîtriser leurs évolutions et à favoriser les apprentissages sans introduire de nouvelles rigidités organisationnelles), explorées la création de valeur et d’avantage compétitif en management stratégique, développer les phénomènes frontaliers qui pourraient
être à l’origine des équilibres dynamiques et des apprentissages dans et entre les communautés de pratique.

pour finir, les CoP pourraient permettre de dépasser les limites organisationnelles actuelles.

Source

Vaast, E., 2002a, Les communautés de pratiques sont elles pertinentes ? in Actes de la XIè conférence de l’AIMS, 6  et  7 Juin 2002 à Paris, ESCP-AEP. Disponible sur : http://www.strategie-aims.com/actes02/Parisauteurs2k2.html

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