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« Tuteurs en ligne » : quels rôles, quelle formation ?
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Introduction

Cette contribution présente et analyse les différents rôles du tuteur en ligne tels qu’ils ont été mis en œuvre et développés suite à une expérience de deux années intitulée Learn-Nett et propose un modèle de formation de «tuteur en ligne».

Méthodologie du projet :

Lors d’une recherche-action, le rôle du tuteur est apparu déterminant dans la réussite du projet du groupe (Charlier, Deschryver et Daele,1999). Les chercheurs, tuteurs eux-mêmes, ont analysé les rapports de réflexion des étudiants, leurs carnets de bord, les traces écrites des échanges à l’intérieur des groupes, et ont dégagé certaines caractéristiques du rôle du tuteur qui facilitent l’aboutissement du projet du groupe. Ensuite, il été décidé de mettre sur pied une formation des tuteurs, ayant pour objectif de construire des représentations communes à propos des caractérisitiques facilitantes du rôle du tuteur (méthode = réflexion à propos de cas réels, d’abord individuelle à l’aide du questionnaire (voir annexe article) puis de groupe pour échanger les points de vue et réfléchir ensemble à des stratégies d’action.

Apprendre en collaborant : les rôles du tuteur à distance

Apprendre en collaborant

« Issus de travaux réalisés dans le champ de la formation professionnelle, un intérêt pour l’apprentissage collaboratif s’est développé ces dernières années. Cet intérêt est associé à une vision de la formation des adultes : – valorisant leurs compétences construites dans l’action;
– cherchant à formaliser ces compétences pour les rendre accessibles à d’autres ;
– favorisant la flexibilité des organisations. » (Charlier, Deschryver et Daele, 1999).

« L’apprentissage collaboratif se place à l’intersection de divers champs théoriques des Sciences de l’Education : « la théorie de l’apprentissage de Vygotsky selon laquelle la construction de la connaissance se réalise d’abord durant l’interaction sociale ou l’action avant d’être internalisée ; la théorie constructiviste de l’apprentissage au cœur de laquelle le conflit socio-cognitif occupe un rôle central ; la théorie de la pratique sociale qui introduit le concept essentiel de communauté de pratique et la théorie de la cognition distribuée qui situe l’apprentissage non plus au niveau individuel mais bien au niveau d’un communauté ou d’une organisation ». (Charlier, Deschryver etDaele, 1999). »

A partir de ce cadre théorique, les auteurs se sont construits une représentation de l’apprentissage collaboratif qui rejoint largement celle de Kaye (1992) : « Etymologiquement, collaborer (co-labore) signifie travailler ensemble, ce qui implique un concept de buts partagés et une intention explicite ‘d’ajouter de la valeur’ – de créer quelque chose de nouveau ou de différent par la collaboration, par opposition à un simple échange d’informations ou à une transmission de consignes. » (p.3)

Kaye (1992) définit les éléments essentiels du champ de l’apprentissage collaboratif. Apprendre de manière collaborative : (p.3)
– implique que chaque membre du groupe est amené à prendre des responsabilités et des rôles en son sein ;
– la collaboration implique la synergie, ce qui signifie que chacun doit à certains moments accepter que le groupe soit plus efficace que l’individu ;
– les bénéfices potentiels ne sont pas toujours atteints, ceci pouvant être dû à un manque d’initiative, des mésententes, des conflits… ;
– n’implique pas nécessairement un apprentissage de groupe mais plutôt être capable d’avoir confiance dans les autres pour supporter son propre apprentissage dans un environnement non-compétitif.

>>> « Des éléments qui relèvent davantage de la dimension affective de l’apprentissage que de sa dimension «productive». Le rôle du tuteur à ce niveau, en tant que « régulateur » ou « facilitateur », se révèle bien souvent capital, a fortiori lorsque la collaboration s’effectue à distance« . (p.3)

Les rôles des tuteurs à distance

« Une brève revue de la littérature dans le domaine nous a permis de décrire plus précisément les rôles des tuteurs. Lewis (1996) situe le rôle du tuteur « on-line » dans la mise en œuvre de 4 opérations essentielles : l’émergence des objectifs du groupe, l’établissement de règles et de protocoles de communication et de collaboration,  l’établissement de la tâche et la distribution des rôles et le choix des outils de communication. Donnay et Dreyfus (1999), quant à eux, décrivent les rôles du tuteur (qu’ils appellent « mentor ») sur un plan plus affectif : facilitateur, modérateur, expert et soutien affectif ». Charlier, Deschryver et Daele (1999), voient le tuteur comme agissant à différents niveaux dans le travail du groupe : la gestion des aspects relationnels au sein du groupe, aide au travail collaboratif (prise de décision, planification du travail, réalisation et évaluation réflexive), aide au choix des outils de communication » (p.4).

Le tuteur tel qu’il se voit et tel qu’il est vu par les étudiants

Tuteurs et étudiants ont tenu à jour un carnet de bord et ont produit un rapport de réflexions.
Les tuteurs > des difficultés rencontrées impactant la régularité (problème d’accès aux machines, manque d’investissement général), la gestion des problèmes techniques, la surcharge d’informations à transmettre aux étudiants, les difficultés de négociation au sein du groupe, le choix du moment opportun (et nécessaire) pour la directivité.
Les étudiants > Le tuteur doit être un leader, être le référent du groupe, aide à circonscrire le travail,  facilite et régule le travail du groupe, doit être disponible et réagir rapidement aux sollicitations, donne des feed-backs réguliers sur le travail, est capable de « polyvalence didactique ».

Vers une formation de tuteur en ligne…

Les auteurs proposent une formation basée sur des analyses de problèmes vécus. « La discussion entre les tuteurs à propos des solutions qu’ils apporteraient à ces situations problématiques permettra à chaque tuteur de se construire un répertoire d’actions et de réactions possibles face aux événements qui surgissent durant le travail des groupes. »

« L’outil présenté (voir annexe) est donc un questionnaire individuel destiné à faire émerger chez le tuteur ses représentations de l’apprentissage collaboratif et du rôle d’un tuteur en ligne accompagnant un groupe qui mène un projet. Le questionnaire est basé sur des mini-cas par rapport auxquels le (futur) tuteur est invité à imaginer sa réaction. Lors de la formation des tuteurs en ligne, une phase collective d’échange et de discussion à propos des cas suivra la phase individuelle de réponse au questionnaire. »

Source

Charlier, B., Daele, A., Docq, F., Lebrun, M., Lusalusa, S., Peeters, R., & Deschryver, N., 1999, « Tuteurs en ligne » : quels rôles, quelle formation ? Deuxièmes Entretiens internationaux du CNED sur l’enseignement à distance, Poitiers, 1er et 2 Décembre 1999.
Consulté en ligne le 23/09/09 à l’adresse http://tecfa.unige.ch/perso/deschryv/doc/tuteurenligne.pdf

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