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Analyse de pratiques de tutorat humain dans un environnement de travail collaboratif à distance

Introduction

L’article présente une recherche en cours visant à analyser les pratiques de tutorat humain dans un environnement de travail collaboratif à distance. Les premières analyses issues d’entretiens menés auprès de personnes tutrices font ressortir la prégnance d’un modèle tutoral que l’auteur qualifie de compréhensif, qui met l’accent sur les dimensions humaines, voire affectives et émotionnelles.

Interrogations : 1/ la spécifité du tutorat en FàD, 2/ l’identification des tâches, rôles et compétences du tuteur en ligne (+ tutorat assumé seul ou fonction partagée ? ) > En bref, » s’agit il d’un nouveau métier Caron, 2002; Godinet, 2003) ou d’une nouvelle dimension de la professionnalité enseignante ou des métiers de la formation (Côté-Brisson, 1997 ; Blandin,1990) ? » (p.2) >> Et du côté des CoP, un nouveau métier ou une nouvelle dimension des métiers du management ?

La visée est de saisir le réel en situation : « notre objectif est non seulement de saisir comment les acteurs conçoivent leurs rôles, missions, tâches, mais aussi ce qu’ils mobilisent in situ, en d’autres termes, pas seulement ce qu’ils disent faire mais ce qu’ils font. » (p.2). L’intention, outre la production de connaissances et de savoirs, est d' »ouvrir la voie à de nouveaux processus professionnalisants et identificatoires des pratiques d’enseignement et de formation dans des dispositifs médiés, conduisant in fine à des redéfinitions du métier d’enseignant ou de formateur, et à l’émergence de nouveaux profils, tels celui de tuteur à distance, à qui pourraient être reconnus un vrai statut et une formation. » (p.2)

Le contexte

Le Dess UTICEF = consortium Nord-Sud, formation à l’ingénierie de FàD, tout à distance avec la plateforme Acolad,une démarche pédagogique qui repose sur l’apprentissage collaboratif par résolution de situations-problèmes, la pédagogie par projet, un accompagnement tutoral à distance.

La formation est tutorée. Le rôle est défini ainsi dans la charte (P3) :  » Le rôle principal du tuteur et de la tutrice est de relancer sans cesse l’intérêt et l’activité des apprenants, d’être toujours disponible pour clarifier un point de méthodologie, de créer une communauté d’apprentissage entre apprenants. »

Les 4 fonctions suivantes lui sont assignées : une fonction relationnelle, d’accompagnement, d’évaluation, de coordination. Pour celà, elle a les outils de la ptf à disposition.

Méthodologie

Constitution d’une base empirique de données provenant de 28 tuteurs : Observations du quotidien de la formation (entretiens semi-directifs, questionnaires, enregistrement de séminaires synchrones)

Entretiens semi-directifs

« Les entretiens ont été conduits par une même personne autour d’une trame qui visait à s’assurer que les thèmes suivants seraient abordés : la question de la formation,la définition d’un tuteur, de son rôle, ses principales tâches et activités, des récits d’expérience, l’évolution de la pratique, les rapports aux contenus, les contacts individuels avec les apprenants, les relations avec les autres acteurs » > Voir p.4, explicitation de la démarche et des attentes très intéressante.

« Nous avons sollicité par mel les tutrices et tuteurs les informant de l’objet de cette  recherche. Les personnes interrogées étaient toutes volontaires pour participer à l’entretien.  Les entretiens ont été enregistrés sous forme de fichiers avec l’accord des participant/e/s. »

Un échantillonnage intentionnel

Croisement d’un certain nombre d’éléments : « Novices », « semi-novices » et « expérientés » avec des variables variables : le genre, la zone géographique et culturelle, le suivi comme apprenant du Dess,  l’activité professionnelle principale, l’environnement de travail.

Les personnes interrogées sont brièvement présentées.

Analyse

Méthodoligie d’analyse : Une analyse thématique – en regard des questions de départ, des thèmes à explorer lors de l’entretien, et des thèmes émergeants. Seuls les thèmes suivants sont abordés : la formation au tutorat à distance, les rôles et fonctions du tuteur, le rapport aux contenus d’enseignement, la valorisation du tuteur, les pistes d’amélioration de l’accompagnement tutoral.

La formation au tutorat à distance

Ce qui ressort de 9 entretiens, appuyés par des extraits : la formation au tutorat à distance s’est faite par le suivi du Dess Uticef, la pratique et les échanges entre personnes tutrices (mobilisation de leur double expérience : celle d’enseignant ou de formateur, qui constitue leur activité principale, et celle acquise par le suivi de la formation elle-même.)

Les rôles et fonctions du tuteur dans les discours des acteurs

Une pluralité de rôles est déclinée, rejoignant ceux présents dans la littérature (Berge, 1995, Feenberg, 1989) : ils s’organisent autour du plan pédagogique, organisationnel et méthodologique, relationnel (qui recouvre à la fois la motivationnel et le socio-affectif) et technique. Le lexique de l’aide est utilisé massivement par les tuteurs pour définir le rôle (aide, soutien, accompagnement…), il est présenté aussi comme facilitateur, animateur.

Un modèle tutoral compréhensif

Un aspect se dégage : l’accent mis sur leur rôle comme médiateur humain pour « stimuler, relancer, motiver » les apprenants. Tous invoquent l’écoute, la disponibilité aux apprenants, la personnalisation. Il y a empathie : Il s’agit d’être « compréhensifs » au sens etymologique du terme qui donnent un supplémant d’âme. « La personne-tutrice est bien l’animatrice, au sens étymologique, au sens où elle donne ‘âme, vie à cette relation affranchie de la présence physique. La présence psychologique dans le contexte de la formation à distance serait comme le pendant et le substitutif à l’absence de présence p?ysique » (p.7).

La personne tutrice comme médiateur humain compréhensif

Une grande importance est accordée par les personnes tutrices à la fonction de médiation humaine dans le tutorat, ancrée à leur propre expérience et vécu comme apprenant. Elle ne relève pas du seul champ théorique, et de   lectures sur la question. « A ce stade de   l’analyse, c’est plutôt le modèle des pairs anciens qui se dégagerait et qui questionnerait quelque peu la voie de la professionnalisation. »

Une activité chronophage

L’auteur a souhaité recueillir des éléments sur leur appréciation de la place actuelle qui est faite à la personne tutrice > toutes expriment des satisfactions, mais le tutorat est une activité chronophage.

Rapport aux contenus

Les personnes-tutrices se posent très clairement plus comme médiatrices que comme expertes. La maîtrise des contenus reposerait en fait sur le fait d’avoir déjà suivi la formation. « C’est plus en termes de facilitation, d’aide à la compréhension que toutes les personnes-tutrices situent leur médiation dans l’accompagnement de la résolution de situation-problème. C’est là encore le modèle des pairs anciens qui revient dans les discours. »(p.9)

Des propositions d’amélioration de l’accompagnement tutoral (dans le double sens, des tuteurs et par les tuteurs)

Revient dans tous les entretiens, de manière un peu paradoxale par rapport à leur propre parcours, la nécessité de la mise en place d’une une formation, mais de manière continue. Pour l’auteur, compte tenu des propos des tuteurs, « tutorer reste avant tout une pratique qui échappe qui échappe à une formalisation intégrale ». On s’oriente vers de l' »accompagnement », du « compagnonnage », de la « co-formation »

Discussions

Un échantillon atypique ? Des personnes tutrices adhérentes et des praticiens réfléchis

« Comme il s’agit de la pratique comme objet de discours, des limites, des réserves sont à marquer dans les conclusions à en tirer. »,

La part de l’affect dans la relation tutorale

Jean Donnay (1990, p. 4) présentait le tuteur comme « un expert en soutien affectif ». « Les personnes tutrices mettent en avant un ensemble de dimensions de l’humain et du relationnel, comme étant le plus crucial à mobiliser dans la pratique et relation tutorale.  Or cela (savoir écouter, observer, comprendre …) se dérobe à la maîtrise théorique. Cette activité requiert donc des savoir-faire relationnels, des compétences construites a
priori ni sur l’expertise en contenu, ni les habilités d’enseignement des formateurs ou enseignants. » (p.11)

Un modèle de “ compagnonnage ”

« C’est un modèle praxique et collaboratif qui se dégage des discours : l’apprentissage au tutorat à distance se réaliserait par le faire et les groupes d’échanges sur les pratiques. Est préconisé très explicitement par tous le
principe de mutualisation des compétences au sein d’une communauté de tuteurs. » (p.11)

Conclusion

La suite du projet concerne deux pôles : 1/la pratique “ à l’œuvre ” et non pas déclarée, dite. La méthode d’analyse des interactions dans des enregistrements de chats, des forums et des courriers électronique reste à construire. Elle devrait permettre d’affiner le questionnement et l’analyse. 2/ les attentes et vécu du tutorat par les apprenants et leurs représentations.

Source

Hedjerassi, N., 2004, Analyse de pratiques de tutorat humain dans un environnement de travail collaboratif à distance, in Information Sciences For Decision Making, n°18, spécial Colloque TICE Meditrerranée 26-27 Novembre. Consulté le 25/09/09 à l’adresse http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm18/34-hedjerassi.pdf

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