Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
innovation organisationnelle, CoP et communautés épistémiques : le cas de Linux
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Introduction

La création de la connaissance dans l’entreprise résulte d’une interaction permanente entre les niveaux individuels et organisationnels constitués au niveau intermédiaire de toutes sortes de communautés (p.99).

Un nombre croissant de travaux de recherche en gestion considère que la capacité de l’organisation à innover dépend essentiellement de la nature du processus de production et de circulation de la connaissance dans l’entreprise (Nonaka, 1994; Nonaka et Takeuchi, 1995; Leonard-Barton, 1995; RFG, 1995; Von Krogh et al., 2000; etc.).

Dans l’approche traditionnelle d’Argyris et Schön (1978), les interactions complexes qui se jouent entre les individus seraient laissées dans l’ombre (là où les idées créatrices émergent et sont testées), leur modèle ne semble pas pouvoir rendre compte de l’apprentissage individuel à celui organisationnel. Le but de l’article est de mettre l’accent sur le rôle joué par les communautés, le niveau intermédiaire, où « le processus fondamental de la création de connaissances peut survenir.

Dans un économie fondée de plus en plus sur la connaissance (Mayère, 1995), on peut faire l’hypothèse que la nature et la qualité du processus de création de la connaissance dépendent de manière croissante de la mobilisation et de la mise en relation des communautés de pratique et des communautés épistémiques, et de leurs interactions réciproques avec les autres types de communautés (les diverses communautés hiérarchiques) (p.101)

« Notre approche se propose de considérer l’entreprise comme composée de nombreux espaces de connaissances différents et trop hétérogènes pour qu’on les traite de manière unifome à un niveau global (Nonaka et Konno, 1998; Brown et Duguid, 1991; Blackler et McDonald, 2000) » (p.102)

Typologie de communautés au sein des entreprises

« La distinction entre communautés au sein d’une firme peut s’effectuer selon plusieurs critères. Chaque communauté est caractérisée par des traits spécifiques qui déterminent les manières dont cette communauté apprend et participe au développement et à l’expansion de la connaissance organisationnelle. Certaines d’entre elles sont plutôt orientées vers la création de connaissance et d’autres vers l’action; certaines sont définies et contrôlées par des mécanismes hiérarchiques spécifiques, d’autres sont plus autonomes (Créplet, 2001; Créplet et al., 2001). L’objectif qu’elles poursuivent, les agents qui les composent, leur activité cognitive dominante, leur règle de recrutement, leur manière de produire de la connaissance, leur mode d’apprentissage dominant et ce qui maintient leur cohérence sont les éléments que nous étudierons pour les distinguer. » (p.102)

2 grands types : 1/Les communautés « hiérarchiques » (groupes projet, groupes fonctionnels, etc.) contrôlés par les instances hiérarchiques (responsable de projet, de département…). 2/Les communautés « autonomes » (communautés épistémiques et CoP) dont la cohérence repose sur l’adhésion des membres à une passion commune ou une autorité procédurale.

« Les communautés épistémiques peuvent être définies comme un groupe de représentants partageant un objectif cognitif commun de création de connaissance et une structure commune permettant une compréhension partagée. La finalité de la communauté se trouve placée au dessus des membres de la communauté. (p.105) ». Les notions d’autonomie et d’identité sont ainsi plus faibles que dans le cas des CoP ».

Les CoP : l’auto-organisation, l’identité et l’autonomie sont des caractéristique essentielles. Ils dévelopent un jargon uniquement compréhensible par eux. L’évaluation d’un indivudu porte sur ses valeurs et les progrès réalisés. La conn

Une typlogie des communautés au sein des entreprises (p.104)
Objectif Représentants Activité cognitive Règle de recrutement Production de connaissance et mode d’apprentissage principal Ce qui assure l’union de la communauté
Groupe fonctionnel Assurer une fonction donnée Homogènes Spécialisation disciplinaire Hiérarchique Involontaire

Application et réplication de connaissances apprises

Learning by doing

Spécialité / Discipline

Définition des tâches, fonctions

Equipe – Equipe projet Réaliser une tâche donnée Hétérogènes Intégration de connaissances fonctionnelles chef d’équipe Involontaire

Apprentissage par interaction

Exigences du travail

Buts communs

Communauté de pratique Réussir leur activité

Augmenter les compétences dans une pratique donnée

Homogènes Accumuler de la connaissance au sujet d’une pratique donnée (locale).

Circulation des meilleures pratiques.

Les membres se sélectionnent eux-mêmes les membres Involontaire

Processus orienté vers l’individu

Construction, échange et partage d’un répertoire commun de ressources.

Essentiellement du savoi-faire

Learning by working

Passion commune pour la pratique
Communauté épistémique Produire de la connaissance, communicable à l’extérieur Hétérogènes Construction de connaissances, de langage ou de messages.

Circulation de connaissance codifiée, explicitée.

Formalisation de connaissances tacites

Par les pairs, relativement à la contribution potentielle Volontaire, intentionnel

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Respect d’une autorité procédurale (règles, « codes de conduite » définissant objectifs et moyens à mettre en oeuvre)

Un exemple : la cas de Linux

Linux : une CoP qui s’est transformée en communauté épistémique.

Au départ : un but davantage opérationnel que cognitif > améliorer un code et pour les participants améliorer leur habileté et leur réputation (hackers). Linus a fourni une base pour l’établissement de représentations et de connaissances communes qui a permis à la communication de se développer. Les hackers cherchent à résoudre des pb, améliorer leurs compétences et s’exercer. Ils veulent partager leurs productions et les rendre publiques. L’accueil se fait par cooptation, selon l’engagement et la participation à l’identité. Il règne une culture du don et de la réputation.

Par le suite : Introduction d’un projet collectif d’OS et compte tenu de l’intensification de la circulation des connaissances, mise en place d’un comité chargé d’évaluer les apports. La connaissance a été codifiée (pour celà, grammaire communélment acceptée, vocabulaire partagé et répertoire de phrases fabriquées à partir des éléments précédents > Langage C, compétences en algorithmique et le noyau écrit par Linus)

Source

Cohendet, P., F. Créplet, et O. Dupouët. 2003. “Innovation organisationnelle, communautés de pratique et communautés épistémiques: le cas de Linux.” Revue française de gestion 146:99–121. 

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