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Initiation à la méthodologie en sociologie

Prises de note de cours en Licence, issues du site ASES. De même nature, un autre cours sur la méthodologie ici.

INTRODUCTION

a) Logique de recherche : rendre le social ‘intelligible’

Se référer aux ‘Règles de la méthode’ de Durkheim qui essaie de proposer des ‘pistes’ de réflexions qui engagent vers l’action.

La S est la science de l’observation des faits sociaux.
La S ne part pas de représentations, de réflexions du S, mais elle part de la réalité elle-même.
Au milieu du 19ème siècle, on ne se pose plus la question de savoir quel serait le meilleur régime politique. Ce qu’on cherche à comprendre, c’est pourquoi le régime politique est tel qu’il est.

Pourquoi ça a changé au milieu du 19ème siècle ?
Car la Révolution Française
a voulu instaurer un régime démocratique mais la société est restée inégale.
Vers la même époque
, se développe une démarche de connaissance dont l’objectif est de comprendre la réalité qui entoure les individus. Cette nouvelle perspective est la méthode scientifique. C’est par l’observation et l’expérimentation qu’on peut obtenir des connaissances vraies. C’est un modèle qui va amener Durkheim et les autres à définir la démarche d’observations.

b) Sociologie explicative et sociologie compréhensive

La compréhension sociologique se donne pour ambition de substituer à l’incohérence du monde humain, un ensemble intelligible, cohérent et rationnel.

Objectif : rendre compte d’une réalité complexe en lui substituant un schéma qui soit susceptible de faire comprendre comment c’est et comment ça fonctionne.

Il y a une interdépendance étroite entre l’observateur et son objet. Ça va conduire à des postures théoriques et méthodiques différentes. Ça aboutit à une sociologie qui prend en compte le sujet et le sociologue introduit de la subjectivité dans le sujet.

Le schéma général est toujours le même :

–        Un questionnement. On se pose une question avant d’engager une recherche. Ça suppose une certaine connaissance du réel. Cette question du ‘pourquoi’ aboutit à une réflexion qui aboutit à une anticipation.
–        Confrontation avec la réalité. Le chercheur collecte et rassemble les faits qui vont permettre de dire que c’est bien dans cette direction qu’il faut chercher.
–        C’est à partir de ces faits qu’on peut interpréter.

Donc :

1° Questionnement 2° Anticipation 3° Confrontation avec  réel 4° Collecte des faits  5° Interprétation

Durkheim explique le phénomène social par un phénomène social antérieur. Ça renvoie à une méthodologie d’étude des relations entre les phénomènes.
La sociologie compréhensive est très rigoureuse.
Il est impossible de regarder les faits en étant purement objectif.
Avec la sociologie explicative, on essaie de se positionner à l’extérieur de l’objet et de faire comme si c’était possible de le regarder objectivement. C’est quasiment impossible.

La démarche de recherche en Sociologie

Il faut adapter le schéma (questionnement, collecte, interprétation) au phénomène social spécifique que nous étudions.
Si nous n’avons pas de connaissance précise sur le sujet, si nous n’avons pas d’informations suffisantes pour élaborer un questionnement, on fait une enquête exploratoire.

On utilise le mot ‘méthode’ pour parler de la démarche du traitement de l’information.
Il vaut mieux utiliser le terme ‘technique’ qui signifie : procédure qui permet d’organiser le travail en lui-même.

a) Rupture et construction de l’objet

Il faut écarter les prénotions. Je pose le questionnement car je n’ai pas la réponse au problème.
Mes idées et croyances ne partent pas de faits scientifiques donc je ne pas peux dire si elles sont fondées. Ce qu’on croit savoir demande à être vérifié.
On prend une chose extérieure à étudier, on enlève nos idées dessus, on essaie de mettre en place une démarche de recherche pour découvrir ce qu’est réellement cet objet :
? démarche objectiviste
Pour Weber, le retrait total en tant qu’observateur n’est pas possible et pas souhaitable.Pas possible car nous sommes humains. Pour lui, c’est à partir de nos interprétations qu’on va travailler. Pour lui, il vaut mieux prendre conscience de ses prénotions pour contrôler leurs effets.

L’élaboration de la problématique part de l’idée même que l’individu se fait de la réalité sociale qu’il cherche à étudier.
Il faut opérer une rupture avec les prénotions car elles sont préscientifiques.

  • L’illusion de la transparence, c’est croire qu’il suffit d’observer les faits sociaux pour les cerner. Dans un sens ou dans un autre, nous déformons la ‘réalité réelle’ du fait social. Nous ne pouvons saisir à 100% l’objet à étudier. Le travail du S est de questionner ce que ses prédécesseurs ont tenu pour vrai, de toujours tester les interprétations des prédécesseurs.
  • Le principe de non conscience est une illusion. C’est la croyance que les agents sociaux connaissent la situation dans laquelle ils sont et pourquoi ils agissent.

Ils ont des idées, mais qui demandent à être problématisées. Le S doit prendre en compte ces idées mais ne peut pas considérer que ce discours lui donne directement la réponse à ses questions, à sa problématique.

  • Le pouvoir du langage. Les mots sont polysémiques et véhiculent des connaissances préalables et idées reçues qu’il est nécessaire de définir. Il faut que l’interlocuteur pense la même chose que le sociologue qui lui pose la question.

b) Elaboration de la problématique : questionnement, hypothèses, concepts, indicateurs et modèle d’analyse

 

On part d’observations, on en tire un modèle, construit d’un certain point de vue. Ce modèle est hypothétique et il a besoin d’être testé, c’est-à-dire vérifié.

Observation ? Modèle hypothétique ? Test vérification ? Théorie de l’observation

Le modèle devient une théorie dans le cas ou il n’est pas vérifié. On est amené à réajuster le modèle, c’est-à-dire à refaire un test qui aboutit à des conclusions théoriques de la démarche

Démarche quantitative : questionnaire, analyse des résultats, le fait de formuler le problème de manière différente, voir comment élaborer son test et quels outils utiliser.

Entretien fondé sur des consignes, puis analyse de ces entretiens, puis questionnaire pour voir si on retrouve des réalités, ce qui était ressorti des entretiens.

La statistique sociale est l’ensemble disponible élaboré par les instituts (comme l’INED, l’INSEE). Il permet de poser les problèmes.

LA DEMARCHE DE RECHERCHE EN SOCIOLOGIE

La préparation :

On va effectuer une pré-enquête qui nous permettra d’établir des observations pour l’enquête.

Echantillon d’unité : c’est celui qu’on va choisir d’observer, pas forcément des individus.

La problématique suppose des questions et ces questions supposent des connaissances. Il faut donc avoir recours à la pré-enquête.

Pour cela, deux travaux :

–        Travail bibliographique : dans l’enquête, on va aller voir ce qui a déjà été étudié. Qu’est-ce que les autres ont dit sur le sujet avant nous ? Il faut acquérir des connaissances sur le sujet, voir les problèmes posés.

–        Travail de terrain avec des méthodes exploratoires. Il faut récolter des informations.

Sur le terrain, il faut être le plus neutre possible face au déroulement des observations et dans la collecte des informations. L’observation se prépare. Elle cherche à apporter des connaissances sur le sujet qui nous intéresse.

La problématique :

C’est l’approche ou la perspective théorique qu’on décide d’adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est une manière d’interroger les phénomènes étudiés.

Construire sa problématique revient à répondre à la question : comment vais-je aborder ce phénomène ?

 

C’est la mise en forme du problème. On va la mettre sous forme d’hypothèses formulées grâce à des concepts. Hypothèses et concepts sont le résultat d’un travail analytique.

La démarche sociologique :

–        élaborer la problématique

–        donner un cadre à la P

–        justifier son choix

–        expliciter la P dans un développement

Les hypothèses :

Une hypothèse est une proposition qui anticipe une relation entre deux termes qui, selon les cas, peuvent être des concepts ou des phénomènes. Elle est donc une proposition provisoire qui demande à être vérifiée. Dès lors, l’hypothèse sera confrontée, dans une étape ultérieure de la recherche, à des données d’observation.

Pour pouvoir faire l’objet de cette vérification empirique, une hypothèse doit être falsifiable. Cela signifie d’abord qu’elle doit pouvoir être testée indéfiniment et donc revêtir un caractère de généralité. Ensuite, elle doit accepter les énoncés contraires qui sont théoriquement susceptibles d’être vérifiés.

Seul le respect de ces exigences méthodologiques permet de mettre en œuvre l’esprit de recherche qui se caractérise notamment par la remise en question perpétuelle des acquis provisoires de la connaissance.

Quand on travaille sur des échantillons, on ne prend pas en compte la part de différence qu’il peut y avoir entre deux observations. Elles vont nous permettre de traduire le concept en indications.

Le concept :

Il y a deux sortes de concept :

–        On distingue les concepts opératoires isolés qui sont construits empiriquement à partir d’observations directes ou d’informations rassemblées. Il s’agit de partir empiriquement de données de la réalité pour aboutir à une réflexion sur l’observation.

–        Les concepts systématiques qui sont construits par raisonnement abstrait et se caractérisent, en principe, par un degré de rupture plus élevé avec les préjugés et l’illusion de la transparence.

Les deux manières de construire un concept sont un travail de repérage, un travail de délimitation. On va duper l’hypothèse. Le but des concepts est d’aboutir à des observations.

L’indicateur :

On donne à une variable ce nom lorsqu’on considère qu’elle est un résumé satisfaisant d’une notion plus abstraite et plus vaste.

Ex : la profession du père est souvent considérée comme un indicateur d’origine sociale, la distribution des diplômes comme un indicateur de niveau d’instruction ou même de niveau culturel.

LES TECHNIQUES QUALITATIVES

I. L’observation

Elle comprend l’ensemble des opérations par lesquelles le modèle d’analyse est confronté à des données observables. Au cours de cette étape, de nombreuses informations sont donc rassemblées et systématiquement analysées dans l’étape ultérieure.

Observer quoi ? Les données utiles à la vérification des hypothèses.

Observer sur qui ?

Il s’agit de circonscrire le champ des analyses empiriques dans l’espace géographie et social ainsi que dans le temps. Selon les cas, le chercheur pourra étudier soit l’ensemble de la population, soit seulement un échantillon représentatif ou significatif de cette population.

L’objet spécifique est le groupe, plus ou moins étendu. Souvent, il est relativement restreint donc le chercheur peut en faire le tour. L’observation s’applique sur des objets circonscrits socialement.

L’observation suppose la présence sur le terrain et suppose la durée. Les questions évoluent en fonction de l’avancement des observations.

Dans l’observation, l’important est d’obtenir des informations sous une forme qui permet de leur appliquer ultérieurement le traitement nécessaire à la vérification des hypothèses.

Il faut conserver les traces de ce qui est observé au fur et à mesure. Il faut donc prendre des notes pendant l’observation et juste après l’observation. Il faut être descriptif, et ce le plus objectivement possible.

L’observation elle-même se transforme en fonction des résultats des travaux du chercheur. A partir de la collecte de données, on pourra voir s’il est nécessaire ou non de continuer les observations.

II. L’entretien

Il s’agit d’essayer de faire dire à l’enquêté ce qu’il pense, ce qu’il croit, ce qu’il perçoit de la réalité qui l’entoure. Tout le monde a un avis à donner. Toute personne peut être choisie pour faire partie de l’échantillon.

Trois types d’interlocuteurs à contacter :

–        les spécialistes scientifiques de l’objet étudié

–        les témoins privilégiés

–        les personnes directement concernées

Ex : pour l’étude des stigmates, le médecin, la famille du stigmatisé, le stigmatisé.

C’est le lieu qui détermine le choix des interviewés de par leur position spatiale. Tous ces gens ont une pratique dans l’espace, donc ces relations sont socialement construites.

Ex : Bourdieu dans ‘La misère du monde’ fait exprimer à des gens leur expérience de la misère.

L’échantillon dans l’enquête ne peut pas être un échantillon statistique. Nous cherchons à rendre compte de l’hétérogénéité de l’expérience dans le groupe. Si je fais l’hypothèse que dans le groupe des individus ont tous une expérience différente, il faut questionner tout le groupe.

Déroulement de l’entretien :

Différence entre le non directif et le semi directif (entretien fixé à l’avance).

Entretien non directif : pas fixé. C’est l’interviewé qui fixe et développe sa réponse.

Entretien semi directif : on précise étroitement sur quoi porte l’entretien en faisant une grille d’entretien (= un guide).

Entretien collectif : envoyer, collecter l’information et permettre aux enquêtés de prendre conscience des problèmes.

Le guide d’entretien est un pense-bête. Il est rédigé avant l’entretien et il comporte la liste des thèmes ou des aspects du thème qui devront avoir été abordés avant la fin de l’entretien. Il doit être facilement consultable (détaillé et précis mais avec des notations brèves et claires).

Ce guide évolue parce qu’à partir des premiers entretiens le chercheur intègre de nouveaux aspects et élabore un guide plus précis et plus détaillé.

On doit cocher mentalement les réponses.

Attention ! Risque de nous détourner de l’idée essentielle : l’échange avec l’interviewé.

Ça risque de transformer la situation en interrogatoire (entretien fermé avec des réponses courtes).

Il faut éviter les silences, se raccrocher au guide d’entretien en posant une autre question.

Les étapes après l’entretien :

–        La retranscription de l’entretien, il ne faut rien enlever. Il faut introduire la ponctuation et les éléments non verbaux (hésitations, silences, onomatopées…). L’entretien est systématiquement enregistré, mais la prise de notes est utile pour faciliter la mémorisation des points les plus importants, en vue de relances.

–        Le traitement du contenu et l’analyse quantitative du vocabulaire (comptage des mots…) + l’analyse qualitative (De quoi parle-t-on ? Qu’est-ce qui est dit ?)

Analyse verticale : analyse de l’enchaînement de chaque entretien

Analyse horizontale ou transversale : sur le thème discuté.

Ces deux types d’analyse sont complémentaires.

–        Puis construction d’une argumentation appuyée sur la lecture des entretiens et sur des citations des entretiens.

III. L’approche biographique

Entretien biographique : production de témoignages par la personne ou par les autres. Témoignage biographique sur une partie de sa vie, sur une séquence particulière, une expérience qui intéresse le chercheur.

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