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Pratiques de recherche en Sciences de l’Education : les outils du chercheur débutant

Extrait résumé

Cet ouvrage vise à vous fournir une aide théorique et pratique. Théorique, car il vous explique ce qu’est une démarche de Recherche, il définit ce qu’on entend par problématique et hypothèses de travail. Il approfondit particulièrement deux techniques de Recherche très utilisées : le questionnaire et l’entretien. Pratique, car il décompose les difficultés : il présente de nombreux exemples de recherches, des conseils méthodologiques, des exercices d’application avec leur corrigé.


La démarche de la recherche

Comment définir un sujet de Recherche

  1. Choisir un sujet,
  2. Mesurer la faisabilité de la recherche : accessibilité des données, délimitation de la recherche, moyens,
  3. Gérer son temps : planifier et évaluer les moyens
  4. Cultiver la curiosité : Attention, 2 écueils fréquents dans le choix d’une sujet et l’orientation de la R
    1. La recherche infalsifiable (Selon K. Popper, l’irréfutabilité d’une théorie témoigne de sa faiblesse plutôt que de sa force. Ex.: comment mesurer « si l’abus de tv le matin peut entrainer une baisse de rendement scolaire ?)
    2. Le recherche prescriptive : ne pas confondre plaidoyer et R. Le Chercheur n’a pas à priori un rôle de conseiller.
    3. La recherche descriptive : Un point de départ plus que d’arrivée, un ferment pour la pensée. Elle vise une analyse descriptive et aboutit à un état des lieux et/ou des discours sur un objet.
  5. Passer du sujet à la question : La problématisation.
    1. Préciser la question. Passer du sujet envisagé à une question précise pour se donner rapidement un problème à résoudre (L’auteur fournit des aides et des exemples précis pour une bonne formulation, pp 24-29)

Hypothèses et modèles théoriques : comment les articuler

Les hypothèses : comme des réponses provisoires à la question qu’on se pose (présomption qui vise une attitude de détective)

  1. Elaborer une hypothèse de W > une relation plausible entre 2 faits (relevés de comportements, d’opinions, d’attitudes…). Définition du Dictionnaire du Français Contemporain : « Proposition, donnée initiale admise provisoirement pour servir de base à un raisonnement, à une démonstration, à une explication, et que l’on justifiera par les conséquences, l’expérience ». « L’hypothèse est une prédiction consistant à mettre en relation une variable et un comportement. Cette prédiction peut naître soit de l’observation, soit de l’étude ds données précédemment recueillies, soit d’une théorie, qu’elle va tenter de valider ; elle s’exprimera alors sous la forme suivante : « si la théorie est juste, dans telle condition, il se produira tel phénomène ». (J.P. Rossi, 1991, p.16). Ensuite, construire des variables indépendantes et dépendantes.  Les concepts que sont les variables doivent être traduits en indices.  On doit aboutir à un système de relations entre variables afin de permettre une analyse multivariée qui confronte les variables.
  2. Concevoir un modèle théorique. L’hypothèse sert à mettre en relation des éléments de façon à répondre à la question de départ. Elle implique donc un modèle qui doit être explicité. Un modèle est, selon le Larousse, « une structure formalisée, utilisée pour rendre compte d’un ensemble de phénomènes qui possèdent entre eux certaines relations ». Un modèle permet d’expliquer la réalité et c’est par modèles que procède la Connaissance en toute science.
    1. Pluralité des modèles : Tout modèle théorique comporte un ensemble logiquement articulé de concepts spécifiques,
    2. Utilité des modèles théoriques : Soit pour construire des hypothèses (à partir du « déjà-là), soit ils sont construits par le chercheur à partir d’hypothèses issues de données empiriques (soumis à l’épreuve des faits). « Les modèles impliquent un ensemble de relations entre divers concepts, non une juxtaposition de concepts. La mise en évidence de leur interaction est nécessaire. un schéma peut l’éclairer » (p.37).
    3. En résumé, la problématique peut se définir comme l’ensemble de trois éléments en relation : 1/La questions qu’on se pose, 2/L’hypothèse de travail (ou le corps d’hypothèses articulées logiquement entre elles) qu’on se donne (en se limitant à une, deux ou trois hypothèses cohérentes), 3/Le modèle théorique (l’ensemble conceptuel cohérent) auquel on les rattache.
  3. Construire sa problématique : implique le choix ou la construction originale d’un cadre de référence, d’un modèle théorique dans lequel s’inscrit ses hypothèses.
    1. dans un démarche hypothético-déductive, construire sa propre recherche, c’est choisir des modèles de référence et des concepts qui s’y attachent,
    2. les contraintes de la R. : Le modèle théorique retenu doit être celui qui est le plus satisfaisant a)par rapport à la question qu’on s’est posée, b)par rapport aux indices qu’on a recueillis (par observations partielles, entretiens préalables…)
    3. Les dérives dans le choix du modèle de référence : Ne pas cerner le problème central de la recherche (le noeud de la question), perdre de vue le point central (hétérogénéité des modèles et ds questions), l’incohérence entre les modèles conceptuels et la réponse donnée à la question qu’on se pose.

Comment formuler une hypothèse

  1. Sept écueils possibles
    1. Les hypothèses-« évidences »  (pour soi), fondées sur de l’expérience, des à priori, des préjugés…et non sur des travaux et des modèle théoriques,
    2. Les hypothèses-militantes car fondées sur les opinions militantes (lectures hyper-sélectives en liaison avec la situation du chercheur, qui confortent ses convictions),
    3. Les hypothèses à contre-pied : prennent les faits établis ou les recherches existantes à contre-pied, reposent parfois sur la provocation,
    4. Les hypothèses invérifiables : recherches invérifiables au sens popperien,
    5. Les hypothèses « de Lapalisse » : elles permettent sans risque d’affirmer des opinions ne prêtant pas à débat, des lapalissades (ex : les enfants sourds comprendraient moins bien que les enfants entandants les dessins animés…),
    6. Les hypothèses-fantôme : une Q précise est posée au départ de la recherche, des outils sont envisagés pour l’approfondir, mais aucune hypothèse n’est formulée (ex: la question de départ porte sur l’utilité des ludothèques),
    7. Les hypothèses-copies : proches des hypothèses « de Lapalisse », elles ne sont que des reprises de recherches existantes. La R. n’apporte rien de nouveau.
  2. Opérationnaliser une hypothèse
    1. Un réflexion nécessaire : approfondir les concepts qu’elle implique afin de pouvoir élaborer des outils.
    2. Les pièges des concepts-flou : les synonymes inadaptés (ex. sport vs motricité), les concepts juxtaposés (ex. s’interroger sue ce que les élèves comprennent ou retiennent), les antonymes imprécis (éclairer un terme par un contraire dans l’hypothèse, terme pouvant être inadapté pour le public questionné par exemple)
  3. Les aides à la formulation d’hypothèses
    1. Les lectures théoriques (pour transformer son intuition en hypothèse s’inscrivant dans un cadre théorique)
    2. Les observations et les constats préalables à la R., menés en parallèle des lectures théoriques, afin d’affiner l’hypothèse et recueillir des indices (ex. observation ethnographique)
    3. L’entretien exploratoire : explorer le terrain, poser des repères pour aider à élaborer l’hypothèse. Une demi-douzaine suffisent.

Conseils méthodologiques pour la formulation d’hypothèses :

  1. Eviter les hypothèses lancées au hasard ou par provocation,
  2. Inscrire très clairement l’hypothèse dans un modèle théorique (pour celà, dégager et expliciter les concepts impliqués, ses mots clés)
  3. Pour déterminer ce modèle, s’aider : 1/ de lectures théoriques, 2/d’observations, 3/d’entretiens préalables.
  4. Formuler l’hypothèse de façon précise, de préférence en une phrase à la forme affirmative (Nous faisons l’hypothèse que…)
  5. Annoncer sans détour les concepts (et les variables impliqués par l’hypothèse).
G. Mialaret (1991a, p.109) à propos de la diversité des techniques en S.E. :
« On trouvera dans les Sciences de l’Education tous les types de recherche, depuis la recherche historique qui se fait complètement sur documents jusqu’à la recherche expérimentale la plus rigoureuse…dans tous les cas l’attitude scientifique la plus rigoureuse est exigée et les règles de l’objectivité doivent être respectées ».

L’enquête par questionnaire

Méthode traditionnelle « close », choisie pour recueillir des données quantitatives chiffrées pour connaître ds conduites, des comportements ou établir des représentations…

Des étapes (Après A. Muchielli (1980), Gosse (1990) les décrit clairement :

  1. Définition du thème
  2. Préparation du planning
  3. Etude de la population qui répondra au questionnaire
  4. Rédaction des questions
  5. Première mise en page du questionnaire
  6. Essai du questionnaire (Prétest)
  7. Deuxième mise en page du Q
  8. Passation
  9. Analyse des résultats
  10. Présentation des résultats

Savoir gérer le temps

  1. Le planning
  2. Le pré-questionnaire
  3. Varier les types de question
    1. Les réponses qualitatives : Q fermées uniques, fermées multiples, fermées ordonnées,
    2. Les réponses quantitatives : Q de type « échelle« , de type ouvertes numériques
    3. Les Q décrivent aussi bien des faits que des comportements ou des opinions
    4. Codage et traitement envisagé : calcul de moyennes, calcul d’écart-type, corrélation…
    5. Anticiper le traitement des résultats : organiser le codage et l’exploitation

Savoir adapter l’outil à la problématique

  1. Les questions inutiles : retenir des variables que l’on sait qu’on exploitera, impliquées par les hypothèses de W,
  2. Les questions incomplètes par rapport à l’objet de la R.,
  3. Les questionnaires mal adaptés aux hypothèses de W : Les lacunes, l’effet-« vrac », la question égocentrique.
  4. Une question particulière : celle des questions-échelles
    1. Points de vue théorique : utilisées pour décrire des attitudes (Les attitudes sont des prédispositions à se former des opinions envers tel ou tel objet, elles comportent une dimension affective)…
    2. Du concept de l’échelle à sa mise en oeuvre : une échelle ordinale codée de 1 à 5 ou 1 à 7, type échelle de Likert; (vs échelle nominale de type oui/non/sans réponse) ; le différentiel sémantique d’Osgood ; le codage et la pondération des items
    3. Construire une échelle d’attitudes : de l’entretien à l’échelle : retenir des opinions

Conseils méthodologiques pour la rédaction d’un questionnaire

S’obliger à rédiger une fiche critique de l’outil de recherche sur 2 colonnes.

  • Inscrire sur la fiche la problématique retenue, ses principaux concepts et ses hypothèses, de façon précise mais détaillée (colonne de droite).
  • Lister dans la colonne de gauche toutes les questions envisagées par le chercheur et leurs items.
  • Puis les relier à la partie droite de la fiche et supprimer toutes les questions ou tout item, qui n’aurait pas de correspondance précise.
    Ou reformuler/préciser une Q en cas de liaison faible.
  • On peut s’aider des marqueurs de couleur, chaque couleur référent à une hypothèse de W différente.
  • On doit pré-tester la Q avant sa diffusion

Savoir organiser le questionnaire

Des qualités de logique doivent accompagner la mise en forme de l’outil.

  1. Varier la présentation,
  2. Faciliter le cheminement de l’enquêté,
  3. La passation des consignes (constitue également un point qui nécessite un certain décentrage par rapport à l’enquêté),
  4. Savoir formuler les questions :
    1. un niveau d’exigence lexical implique des formulation précises et claires,
    2. la syntaxe de la phrase doit tendre à éviter les propositions coordonnées, génératrices de questions doubles et gênantes pour l’enquêté,
    3. l’induction de réponses peut prendre des formes énonciatives variées. Il s’agit de rester neutre dans la formulation pour éviter d’influencer les réponses.

Savoir décrire les résultats

  1. Décrire les résultats : Tris à plat et exploitation des questions-échelles
  2. La présentation des résultats : simplifier et représenter
  3. Tester les hypothèses : cas 1/les données de numération (ex. test du chi-deux : test non paramétrique), cas 2/les données de score (ex. le t de Student : test paramétrique)

L’entretien

Savoir élaborer le guide d’entretien

La préparation : Le guide d’entretien semi-directif (même technique que pour le questionnaire : 2 colonnes, rédiger questions et points clés à aborder, avec un souci de cohérence et de logique dans la colonne de gauche, relier chacun d’entre eux dans la colonne de droite avec les H à tester). Tous les concepts et les termes doivent être étudiés préalablement.
Le bon expérimentateur doit réunir deux qualités souvent incompatibles : savoir observer, c-à-d laisser parler l’enfant, ne rien tarir, ne rien dévier, et en même temps savoir chercher quelque chose de précis, avoir juste à chaque instant quelque hypothèse de travail, quelque théorie, juste ou fausse, à contrôler (Piager, 1947, p.11)

« La parole est ainsi provoquée, mais en même temps endiguée ; libérée mais aussi contrôlée (p.114).

Interviewer les professionnels sur un sujet nécessite d’avoir de bonnes connaissances sur le sujet (technique, juridique, administrative, liguistique…), « faute de quoi, les propos des interviewés ne peuvent être précisés, approfondis. Les silences, les blancs sur tel ou tel point ne sont pas perçus par l’interviewer » (p.115).

Comment distinguer le bon entretien du mauvais ? Est-ce le niveau verbal suffisamment élaboré, la pluralité des dimensions présentes, le rapport plus étroit aux hypothèses de la recherche ? (Blanchet, 1985, p.71)

Conduite de l’entretien

« le chercheur ne doit à aucun moment ne doit oublier le principe de sa recherche, et accepter que l’interview prenne la forme d’un dialogue conversationnel à bâtons rompus, par exemple, où les risques d’influencer l’interviewé sont grands » (p.117). Eviter aussi la batterie de questions.

Les dispositions matérielles : tête à tête, lieu tranquille, présentation des fins générales, des motivations et circonstances de l’E., enregistrement avec magnétophone.

Interventions du chercheur : Exploiter le guide, relancer les réponses.

Relancer les réponses :

  • par la reformulation en écho des propos tenus,
  • par la demande de précisions directes,
  • par l’interprétation de tel ou tel propos pour provoquer une élucidation de la part de l’interviewé, une mise au clair plus nette de tel ou tel point,
  • par des compléments de questions sur des points passés sous silence par autrui (alors même que la connaissance du dossier les fait apparaître comme importants)
Les relances permettent de demander des précisions (ex. pour évaluer le degré de sincérité, pour recnetrer sur la personne), jouer le naif.

Savoir traiter les données de l’entretien

  1. Description des données
    Le description thématique de l’entretien prend la forme d’une notation d’abord « en vrac » puis d’un regroupement des énoncés sous forme de thèmes et de sous-thèmes (analyse du contenu transcrit). Lecture méthodique pour mettre en ordre les propos, réorganiser le discours. Les énoncés fragmentaires sont rassemblés et inclus dans des unités de taille sup.
  2. Structuration : les énoncés son regroupés par catégories et en même temps les actes d’énonciation sont repérés (tout ce qui renvoie à des opinions, des jugements, des stéréotypes, des appréciations)
  3. Interprétation et repérage d’un modèle d’ensemble.
    1. Interprétation : premier niveau. On prêtera attention a) aux effets d’argumentation, b) aux modalités d’appréciation inscrites dans le discours (où le non verbal peut faire redondance avec le verbal), c) aux allusions renvoyant indirectement aux représentations, d) aux métaphores (informant sur l’imaginaire discursif et sur la façon dont les représentations se structurent), e) aux contradictions internes du discours (pour répérer la fiabilité de telle ou telle réponse) à l’occasion de 2 différentes questions ou au sein d’une même réponse.
    2. Agréger des logiques (interprétation deuxième niveau) : articuler, classer les entretiens les uns par rapport aux autres en fonction des dispositions, des logiques d’ensemble qu’on y a repérées. Le but : utiliser tous les thèmes de tous les entretiens pour constituer des modèles explicatifs d’un plus haut degré de généralité et pour vérifier si les hypothèses de la R. sont validées ou non. Une 30aine d’entretiens au moins s’avèrent nécessaires pour constituer des tas agrégés (Dubar, 1987)
    3. Interpréter des logiques (troisième niveau) : tester les hypothèses. Il importe à la fin du travail d’interpréter les conclusions des résultats, en les situant dans le champ théorique et conceptuel de la R. en en montrant quelles théories elles renforcent, ou affaiblissent.
    4. Autre modalité d’analyse thématique : l’analyse-diagnostic. L’analyse thématique (longitudinale et transversale) précédente peut, selon la cas, être pratiquée à travers une grille d’analyse fermement structurée (diverses modalités de réponses seraient prévues, pré-codées à l’avance et affectées d’un code numérique). La préparation de cette grille permet de « diagnostiquer » en qque sorte, en fonction des modalités observées, une relation de tel ou tel type à l’objet d’étude.
  4. L’analyse de contenu par codage systématique
    1. L’analyse de contenu par l’étude lexicographique : l’unité sémantique du discours est le mot (usage d’un logiciel pour calculer la fréquence, vérifier la spécificité des interviewés, regrouper le vocabulaire spécifique à une catégorie).
    2. L’analyse de contenu inspiré du structuralisme : l’ARO (Analyse des Relations par Opposition) propose de détecter des oppositions récurrentes dans un corpus, en découpant les énoncés en fonction du thème abordé (ex. apprenant/enseignant, entreprise/école, présent/futur…)

Après l’entretien : Synthèse

Plan matériel : Ecoute et transcription intégrale des Q, réponses ; notation des silences et des rires.
Plan théorique (après lecture approfondie de la transcription) :
Description – Structuration :
Premier niveau : organisation thématique du contenu (unités descriptives).
Second niveau : repérage, à travers les processus énonciatifs, des orientations, attitudes et représentations des sujets (unités énonciatives).
Interprétation :
Première étape : mise en relation intra-individuelle de ces diverses unités.
Deuxième étape : comparaison inter-individuelle des entretiens entre eux, agrégats logiques.
Troisième étape : repérage d’un ou plusieurs modèle(s) généraux de fonctionnement, à confronter aux hypothèses et à interpréter.

ANNEXES : Table de chi-deux et Table de t (d’après Fisher)

Source

Tessier, Gisèle. 1993. Pratiques de recherche en sciences de l’éducation. Rennes: Presses universitaires de Rennes.

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