Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Typologie des communautés de professionnels et positionnement des CoPs

Il est souvent demandé, ou beaucoup s’interrogent, sur ce qui fait qu’une communauté soit une communauté de pratique, et en quoi celle-ci se caractérise différemment d’autres regroupements de professionnels (associations, clubs, confréries…).

La réponse à apporter serait la suivante : les CoP ne constituent pas en soi un groupement particulier parmi d’autres existant et bien connus. Il faut, selon Wenger, envisager les CoP non comme une entité mais comme un descripteur, une théorie, qui permet d’expliquer et de comprendre ce qui prend place dans certains regroupements de professionnels. Il ne s’agit donc pas d’opposer une association x à une CoP y et un cercle z. Les 3 peuvent être considérés comme des CoP et dans ce cas, la théorie de Wenger permet de comprendre ce qui s’y passe, du moins ne ce qui concerne la construction de l’identité, de sens et les apprentissages.

Cependant, nous allons tenter de situer les CoP dans le paysage des regroupements professionnels tel qu’on le retrouve dans la littérature.

Avant tout quelques définitions :

  • il s’agit de personnes qui partagent un intérêt, une série de problèmes, une passion pour un sujet et qui développent leurs connaissances et leur expertise dans ce domaine en interagissant sur une base régulière (Wenger, McDermott & Snyder, 2002, p.4)
  • un groupe dont les membres partagent leurs connaissances et apprennent ensemble, en fonction de leurs intérêts communs (Lesser et Stork, 2001, p. 831)
Une typlogie des communautés au sein des entreprises (Cohendet et al., p.104)
Objectif Représentants Activité cognitive Règle de recrutement Production de connaissance et mode d’apprentissage principal Ce qui assure l’union de la communauté
Groupe fonctionnel Assurer une fonction donnée Homogènes Spécialisation disciplinaire Hiérarchique InvolontaireApplication et réplication de connaissances apprises

Learning by doing

Spécialité / DisciplineDéfinition des tâches, fonctions
Equipe – Equipe projet Réaliser une tâche donnée Hétérogènes Intégration de connaissances fonctionnelles chef d’équipe InvolontaireApprentissage par interaction Exigences du travailButs communs
Communauté de pratique Réussir leur activitéAugmenter les compétences dans une pratique donnée Homogènes Accumuler de la connaissance au sujet d’une pratique donnée (locale).Circulation des meilleures pratiques. Les membres se sélectionnent eux-mêmes les membres InvolontaireProcessus orienté vers l’individu

Construction, échange et partage d’un répertoire commun de ressources.

Essentiellement du savoi-faire

Learning by working

Passion commune pour la pratique
Communauté épistémique Produire de la connaissance, communicable à l’extérieur Hétérogènes Construction de connaissances, de langage ou de messages.Circulation de connaissance codifiée, explicitée.

Formalisation de connaissances tacites

Par les pairs, relativement à la contribution potentielle Volontaire, intentionnelSearching Respect d’une autorité procédurale (règles, « codes de conduite » définissant objectifs et moyens à mettre en oeuvre)

Wenger (1998) :

  • Un engagement mutuel et dynamique dans des actions dont le sens est négocié. Des compositions sociales diverses : homogènes comme hétéroclites.
  • Une entreprise commune, négociée collectivement, localisée, comportant une relation (ou un régime) de responsabilité mutuelle, d’où émerge des normes et des valeurs (ndlr : une culture, une histoire).
  • Un répertoire partagé : Un répertoire commun fait de routines, vocabulaire, d’outils, de procédures, d’histoires, de symboles, des actions ou des concepts crées par la CoP (histoire de la cop, trace/preuve des processus de participation et réification).
  • Un espace d’apprentissages informels qui se produisent en situation, en négociant le sens, par le biais de la participation et de la réification.
  • Un espace de construction mutuelle d’identité entre l’individu et la CoP.

Brown & Duguid (2001) : Les communautés de pratiques (non-canoniques, non reconnues par l’organisation, plus souples et inter-pénétrables, plus ouvertes aux frontières) contrastent avec la théorie des groupes (canoniques, une entité liée, alignée sur l’organisation, autour d’une tâche – Hackmann 1990, pp 4-5). De manière significative, les communautés sont émergentes. C’est-à-dire que leur forme et leurs membres apparaissent dans le processus d’activité, contrairement à un groupe qui est créé pour mener à bien une tâche.

Daele et Charlier (2006) : Soutenues par un animateur ou une équipe d’animation (cop d’enseignants). Baron et Bruill

Laferrière et Nizet (2006) : 4 activités de base > L’appel à tous (« aide »), le partage d’une information connue, la contribution à un exercice planifié et la contribution à une production collective originale.

Henri et Pudelko (2006) : distinguent les communautés virtuelles selon la force du lien social qui unit les participants (Simple à cohésif) et leur degré d’intentionnalité de regroupement (faible à fort). Ils proposent le tableau suivant :

Communauté d’intérêt Communauté d’intérêt finalisé Communauté d’apprenants Communauté de praticiens
Contexte social d’émergence Regroupement autour d’un sujet commun Création en vue de réaliser un mandat précis Activité pédagogique proposée par enseignant Emergence d’une CoP existant dans le réel
Activité Echange d’informations Mise en commun de perspectives diverses et production d’objets en rapport avec le mandat Participation à la réalsiation du projet collectif Développement de la pratique prof. par le mise en commun des connaissances des membres
Apprentissage Construction de connaissances en vue d’un usage individuel Construction des connaissances à partir de différents systèmes de connaissances pour un usage collectif Construction des connaissances par la réalisation d’activités situées dans un contexte social Appropriation de nouvelles pratiques et développement de l’engagement

Tableau 1 (p.120) – Principaux descripteurs des 4 types de communautés virtuelles.

Johnson (2001) : Palloff et Pratt (1999) décrivent cinq étapes ‘‘‘forming, norming, storming, performing, adjourning’ » délimitées comme (1) première phase, (2) phase de conflit, (3) phase d’intimité et de travail, (4) phase finale.

Wenger (2002) : 5 stades de développement > découverte du potentiel, regroupement/union, activisme, maturation, organisation, trandformation. 

Guide pour les CoPs (d’après Wenger) :

Proposition d’une description comparée

Ci-après une synthèse. Elle n’est pas une taxonomie des communautés professionnelles. Elle donne des informations et des indicateurs susceptibles de les distinguer pour mieux appréhender les CoP. Les frontières sont minces et mobiles entre ces communautés et beaucoup auront des difficultés à vouloir classer certaines tant « les communautés sont aussi diverses que les circonstances qui les ont vu naître » (Dillenbourg et al, 2003).

Nezet_TypologieCommunautes (PDF)

Bibliographie

Brown, J. et Duguid, P., 1991. Organizational learning and communities of practice: Toward a unified view of working, learning, and innovation in Organization Science, vol.2, n°1, pp. 40-57.

Cohendet, P., F. Créplet, et O. Dupouët. 2003. “Innovation organisationnelle, communautés de pratique et communautés épistémiques: le cas de Linux.” Revue française de gestion 146:99–121.

Daele, A. et Charlier, B. (2006). Comprendre les communautés virtuelles d’enseignants : Pratiques et recherches, L’Harmattan, Paris.

Wenger, Etienne. 2005. La théorie des communautés de pratique. [Sainte-Foy (Que?bec)]: les Presses de l’universite? Laval.

Wenger, Etienne, Richard McDermott, et William M Snyder. 2002. Cultivating communities of practice : a guide to managing knowledge. Boston (Mass.): Harvard business school press.

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