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Le don, la dette et l’identité : homo donator vs homo oeconomicus

Fiche d’identité de l’ouvrage de Jacques T. Godbout, Le don, la dette et l’identité : homo donator vs homo oeconomicus, Montréal, Boréal, 2000, 190 p.

Téléchargement de l’ouvrage via uqac.ca, ainsi que l’esprit du don (1992) ici.

C’est en étudiant les organismes communautaires, fondés sur le don, qu’il s’est intéressé à une manière de faire circuler les biens et les services, différentes de celle dominée par les intérêts économiques (l’appât du gain). Il propose de ne plus réduire les échanges sociaux, les relations humaines,, à leur dimension économique et matérielle pour y intégrer la recherche du sens des relations impliquées dans ces échanges (l’appât du don).

Le don et la dette : Le don entretient un rapport particulier avec la dette. Le don à la parenté créé une « dette positive », une dette insolvable, résultat d’un don librement consenti, non remboursable, générateur de « reconnaissance ». Cette dette à laquelle un autre don gratuit et libre peut répondre engendre alors une « dette mutuelle positive » exprimant la confiance et la reconnaissance que deux personnes éprouvent l’une envers l’autre. Voilà une conception originale « d’une dette qui n’est pas un dû » et qui marque la spécificité du don aux proches. À côté du don, la notion de dette constitue le second concept fondateur du modèle proposé par l’auteur.

Le don et l’identité : Partant du postulat que « les êtres humains ont d’abord envie de donner », l’auteur cherche à saisir ce qui freine cette tendance naturelle au don. Il constate alors que le don semble plus dangereux pour le receveur que pour le donateur. Le don semblerait porter atteinte à l’identité du receveur. C’est cette crainte qui limite le don, parce qu’un don qui ne peut être rendu met en péril l’identité, l’autonomie et l’indépendance de celui qui reçoit par rapport à celui qui donne, même si ce dernier est un inconnu. Alors que le don trouve ses racines dans la signification des relations personnelles et sociales, qu’il se fonde sur la solidarité et le sentiment d’appartenance à la communauté, sentiment qu’il renforce, c’est dans la même sphère de significations qu’il rencontre les obstacles les plus importants. Le don qui engendre une dette non remboursable constitue une menace à l’identité du receveur.

Un changment de paradigme : Le système du don permet de sortir de la relation producteurs-consommateurs dominée par le
salariat et amène à considérer la signification affective des échanges sociaux. Il présente son modèle comme un changement de paradigme par rapport à la conception utilitariste et économique des relations humaines et des échanges sociaux. Il réaffirme « la nécessité de postuler un autre ressort psychologique à l’action humaine, et de le poser comme postulat au même titre que l’intérêt ». Ce ressort, c’est « l’appât du don », « à côté de l’homo œconomicus, l’homo donator » qui agit de manière désintéressée. Répondant à « l’appât du don », l’être humain ne serait pas uniquement guidé par l’intérêt ou l’obéissance aux normes.

D’après un compte rendu de Mireille Tremblay, Nouvelles pratiques sociales, vol. 14, n° 1, 2001, p. 212-216.

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