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Usages prescrits : adhésion ou résistance des usagers ?
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Synthèse

Catherine Cacheux, alors doctorante, a publié un article sur la résistance des usagers (enseignants) lorsqu’ils se voient prescrit des usages dans un espace numérique de travail. A partir de son hypothèse « selon laquelle les acteurs participent activement par leur « résistance » (Laulan) à l’évolution des usages dans un processus d’innovation en cours », elle va réaliser une étude sociolinguistique qui « procède d’une sociologie des usages « attentive aux usagers pensés non plus seulement comme de simples consommateurs passifs mais aussi comme des acteurs » (Jauréguiberry, 2008, p. 5). »En nous plaçant dans une perspective d’analyse conversationnelle d’inspiration ethnométhodologique (Garfinkel), nous nous proposons de cerner les usages que les décideurs souhaitent voir se généraliser et les usages potentiels énoncés par les enseignants. » Un extrait de conversation entre enseigants, formateur et inspecteur sert de corpus.

La confrontation de ces trois catégories d’acteurs a permis de cerner des usages prescrits et des « usages potentiels qui préfigurent sans prédéterminer l’usage quotidien et routinier du dispositif » (Bonu et Charnet, 2006, p. 6). L’outil est vu soit comme un moyen indentique de faire comme avant, soit comme un moyen d’envisager de nouveaux usages. Ce que l’auteur ne souligne pas, c’est la quête se sens qui semble s’inscrire en filigrane dans les débats.

En tout cas, comme le mentionne généralement la sociologie des usages, c’est sans surprise que les acteurs « mettront en place de nouveaux usages que ni les décideurs, ni les concepteurs n’avaient prévus ». Peut on parler de résistance ou d’innovation ? Les traces de résistance ne sont elles pas les traces d’une recherche de signification au coeur d’une négociation de sens entre les enseignants ? Et la résistance la trace de leur participation active dans cette négociation ?

A propos du terme usages en contexte numérique

Son sens diffère légèrement de celui qu’il connaît dans d’autres contextes. Ex. les usages sont « des comportements repérables dans un groupe, en tant qu’ils sont, dans une certaine mesure, récurrents dans le temps et d’un individu à l’autre » (Delmas-Rigoutsos,2006). Il est vu aussi comme un régime qui « prévaut dans une coordination d’actions conjointes avec d’autres personnes dont la dynamique d’ajustement se spécifie par le caractère distribué de la capacité de l’ensemble » (Thévenot, 1993, p. 106). Heath et Luff (2000) mettent en avant l’idée de systématicité et de récurrence dans le temps pour définir l’usage, mais n’y incluent pas forcément la notion de collectivité. Charnet reprend leur définition en ces termes : « Les usages sont des comportements individuels ou collectifs repérables car souvent systématiques dans les différentes activités des individus. Ils sont situés c’est-à-dire effectivement engagés dans l’accomplissement d’une activité réelle et placée dans sa temporalité. En outre, ils ne peuvent pas être considérés comme apparaissant à l’improviste au moment où un usager prend possession du dispositif, ou à une autre phase d’utilisation » (Charnet, 2005, p. 3).

Tandis que le mot « utilisation » désigne l’action de se servir de quelque chose, incluant la réalisation possible d’une action imprévue, « les usages ont une antériorité constitutive … sont issus d’une réflexion … qui préfigure des attendus dans les pratiques» (Charnet, 2005, p. 3). Pour Pierre Moeglin, les usages sont des « utilisations inscrites dans le temps long de pratiques éducatives et sociales stabilisées » (Lacroix et al., 1993, p. 101).

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