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Born to be wild : Using CoP as a tool for KM
Categories: Fiches de lecture

D’après l’article de Valérie Chanal et Chris Kimble, 2010.

Introduction

Le texte se préoccupe de savoir ce qui arrive quand les CoP sont utilisées comme un outil au service du KM. A l’aide d’une perspective historique très intéressante, les auteurs pointent l’évolution du concept de CoP issu des 1ers travaux (Wild CoP, allusion à Hutchins, « Cognition in the wild, 1995) jusqu’aux CoP d’aujourd’hui, cultivées et contrôlées, artificielles (Domesticated CoP). Ils se demandent si les CoP cultivées apportent plus de bénéfices que celles laissées « sauvages », si leur instrumentalisation ne risque pas de tuer « l’oie qui couvre les oeufs » (allusion à Wenger et Snyder, 2000).

Méthode

Les auteurs vont s’appuyer sur les travaux de thèse de Emmanuelle Cappe réalisés en 2008 suite à un diagnostic sur la gestion des connaissances dans l’entreprise e2V, où les CoP apparaissent comme une solution aux faiblesses du système existant (On ne sait pas vraiment si en plus de la thèse, les matériaux qui ont servi à sa rédaction ont été exploités). En tout cas, la thèse et sa méthodologie sont résumées : Montage de 2 CoP artificielles selon la théorie de Wenger, 70 entretiens (membres + comité exécutif), des observations directes et les minutes des réunions recueillies.

Evaluation des 2 CoP

L’expérimentation a montré que les CoP ont contribué au partage de connaissances et de pratiques, à la résolution de problèmes colectifs à travers les frontières organisationnelles habituelles. De même que le dispositif a participé à la construction de l’identité professionnelle. Mais cela a généré aussi des tensions du fait de la domestication: mauvaise prise en compte des doléances par le management, volonté d’évaluer les résultats et d’accroitre le contrôle…

Les risques d’instrumentaliser les CoP

Basé sur les résultats de l’étude de cas, les auteurs mettent en avant trois types de risques liés à l’instrumentalisation (et par là aux tentatives d’excès de contrôle).

Les auteurs Des CoP qui se cachent lorsqu’elles sont « over-managed ». Elles se dispersent et se mettent hors de portée de vue (« underground », Gongla et Rizzuto, 2004). Leur autonomie est menacée. Phénomène déjà connu en sociologie des organisations (Crozier et Friedberg, 1977).

Des CoP qui dépérissent et meurent. Les auteurs suggèrent une mauvaise répartition de la participation et de la réification dans les CoP domestiquées. Alors que dans les CoP sauvages la participation prônerait, l’attention trop portée à la réification dans les CoP intentionnellement crées tuerait la spontanéité, la créativité et le désir de participer. La participation ne nourrit plus la CoP.

Des CoP qui hibernent. Dans les CoP domestiquées, les participants ont besoin de stimulations et d’encouragements constants. Si bien que la vitalité varie régulièrement et que le CoP a régulièrement besoin d’être réanimée.

Conclusions

La domestication apporte des bénéfices en terme de dynamique d’apprentissage et de construction d’identité. Elle comporte aussi des risques en terme de continuité d’existence et soulève le pb de la délégation d’autonomie pour maintenir la motivation des participants.

Nous devons assumer que les bénéfices observés sont subordonnées à la situation. Dans une certaine mesure, nous aurons inévitablement produit un effet Hawthorne. Si vous mettez des gens ensemble, qui n’ont pas communiqué avant et qui partagent un intérêt, quel que soit le protocole, vous obtenez des résultats positifs et des améliorations dans le processus de partage des connaissances. On pourrait donc formuler l’hypothèse suivante pour explorer les implications de ces travaux : « Les communautés sauvages ont elles plus à apporter à une organisation que les communautés domestiques? »

On s’aperçoit que le terme de CoP a glissé vers un spectre de plus en plus large de groupes et de paramètres, incluant des groupes ou des équipes orientés vers la tâche (lire Lindkvist, 2005). Utiliser un même concept devient une source d’ambiguité, la distinction « sauvage » et « domestique » se justifie compte tenu de la nature différente des CoP. Dans la communauté sauvage, la participation est au cœur; l’apprentissage organisationnel se produit uniquement si il ya un niveau suffisant de réification (par exemple par la production d’objets frontières) et si les objectifs de la communauté sont alignés avec ce qu’on pourrait appeler les meilleurs intérêts de l’organisation. Dans les communautés domestiques, la réification est centrale. La question devient alors de savoir comment obtenir et conserver une participation suffisante pour que ce qui est réifiée puisse être utilisé dans la pratique.

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