Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Within and Beyond Communities of Practice: Making Sense of Learning Through Participation, Identity and Practice
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Résumé

La théorie de l’apprentissage situé offre une critique radicale des théories cognitivistes de l’apprentissage, en insistant sur les aspects relationnels de l’apprentissage au sein des communautés de pratique, contrastant avec avec les hypothèses individualistes des théories classiques. Cependant, bien que de nombreux chercheurs ont adopté la force théorique de la théorie de l’apprentissage situé, les questions conceptuelles restent peu développées dans la littérature. Roberts, par exemple, soutient que la notion de «communautés de pratique » – le concept central dans la théorie de l’apprentissage situé – est en soi problématique. Pour compléter son analyse, l’article explore le concept de CoP sous plusieurs angles. 1/les auteurs considèrent la perspective de l’apprenant et examinent les processus qui constituent «l’apprentissage situé» (mais à un niveau individuel). 2/ ils considèrent le contexte socio-culturel dans lequel les CoP sont intégrées. Ils soutiennent que la richesse culturelle de ce contexte plus large génère une fluidité et une hétérogénéité au sein et au-delà des communautés qui dément l’idéalisation des communautés comme la cohésion et l’homogénéité des «objets sociaux». 3/ils soutiennent qu’il est parfois difficile de distinguer conceptuellement la «participation» de la «pratique» en raison parfois d’une duplication du sens. Ils proposent plutôt un raffinement de la définition pour permettre une plus grande clarté conceptuelle.

Introduction

L’introduction de la problématique se réalise par un souci de positionnement des théories situées vs cognitivistes. Les critiques faites par les situationnistes à l’égard de ces dernières sont parfaitement présentées. Par ailleurs, le concept de CoP est brièvement mis en contraste avec les théories de la socialisation de Vigotsky qui prédisent la reproduction parfaitement fluide des communautés au fil du temps, tandis que la théorie de l’apprentissage situé attire l’attention sur les possibilités de variation et même de conflits intra-communautaires.

L’apprentissage situé dans une CoP : Concepts clés et processus

Les auteurs présentent la naissance de l’apprentissage situé et résument très bien la théorie et son apport relativement au courant cognitiviste de l’époque.

Le concept de participation en tant que processus est décrit tout en soulignant ce qui avait été (trop) ignoré dès le départ par Lave et Wenger : les possibilités de conflits et les dynamiques de pouvoir, conduisant à diverses formes de participation (volontaires ou involontaires), ce que suggère Wenger avec ses trajectoires.

L’apprentissage situé renouvelle le point de vue sur l’identité mais les auteurs soulignent le manque de références explicites sur la construction de l’identité, comme « le projet de soi » (Grey, 94′) qui influence la participation et les trajectoires selon une perspective plus individualiste (ex. motivations intrinsèques et extrinsèques). Ou encore les processus de « identity-regulation » et de « identity-work » (Alvesson et Willmott, 02′) (le 1er se réfère aux contraintes de l’organisation et aux réponses individuelles des salariés telles que l’adoption et / ou la résistance ; le 2nd se réfère aux efforts continus des employés pour se former, réparer, entretenir ou réviser leurs perceptions de soi). Ce double processus influence la participation à la CoP et soulève des conflits.

Les auteurs soulignent l’ambiguïté d’emploi du terme « pratique« . Pour les situationnistes la pratique c’est (apprendre à) « faire » mais toujours dans un contexte social et historique. Cependant Ibarra (1999) par exemple a montré que les individus peuvent développer leurs propres pratiques dans le sens de leur intégrité et de leur autonomie.

Figure 1. Conceptual framework representing individual learning (development of identity and practices) through participation in the context of communities of practice :

L’apprentissage situé dans de multiples CoP : un potentiel de conflits et de tensions

Le terme de «communauté de pratique » est quelque peu ambigü et la littérature s’y référent est «toujours en évolution» et «peu cohérente» (Lindkvist, 2005, p. 1191). Des différences considérables existent autour de la façon dont les CoP sont décrites et caractérisées. Lindkvist (ibid.) distingue les CoP et les ‘collectivities of practice’ (de type équipes projet), Roberts (2006) distingue les communautés ‘fast and slow’ (en complément du cycle de vie), Brown et Duguid (2001) précisent que les personnes peuvent participer à des «networks of practice» à travers les frontières organisationnelles. La vision compartimentée des pratiques de Wenger devient problématique. « Une négociation permanente individuelle de « soi » dans et entre les CoP peuvent, bien sûr, générer des tensions intra-personnelles ainsi que des instabilités au sein de la communauté ». Dans des cas, la participation peut être marginale, mais volontaire, ce qui n’était pas le sens donné par Wenger (une « non-participation », 1998).

La notion de participation dans une CoP

Le terme «participation » tel qu’il a été développé suggère une certaine ambiguïté qui, à son tour, remet en question notre compréhension de ce qui constitue une «communauté de pratique ». Au cœur de cette ambiguïté est la difficulté de savoir quand un individu est ou n’est pas «participant» dans une CoP. Comment la participation diffère de ce que Wenger appelle «un simple engagement dans la pratique» (Wenger, 1998, p. 57)? Comment cela résonne avec les concepts de sentiment d’appartenance, de compréhension mutuelle et de progression dans sa trajectoire ? Quelle part de marginaux participant à la marge (volontairement ou non), certainement plus que ce que reconnait la littérature. Autre remarque : si la «pratique» n’est pas seulement «faire» mais concerne aussi sur les relations, pourquoi utiliser le terme «participation»?

Dans la discussion, les auteurs discutent de la ré-définition ds termes de participation et de pratique et proposent des pistes pour clarifier et distinguer les 2 concepts.

Source

Handley, K., Sturdy, A., Fincham, R., & Clark, T. A. (2006). Within and beyond communities of practice: making sense of learning through participation, identity and practice. Journal of Management Studies, 43(3), 641–653.

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