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La professionnalisation : Note de synthèse
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Richard Wittorski a édité dans Savoirs une note de synthèse (n°17, 2008), téléchargeable sur HAL. Elle présente, en les ordonnant, les principaux débats et les principales orientations disponibles sur la question, permettant de rendre compte de ce qui est en jeu dans la professionnalisation.

Les conditions d’apparition d’une intention de professionnalisation et les enjeux qui l’entourent

1- La constitution d’un groupe social autonome

Vu comme processus par lequel une activité devient une profession libérale ou un corps d’état.

2- L’accompagnement de la flexibilité du travail et… institutionnalisation de l’activité

Des exigences organisationnelles : « Les enjeux portés par les organisations ne concernent certes pas la constitution des professions dans l’espace social mais la professionnalisation des salariés entendue comme une intention organisationnelle d’accompagner la flexibilité du travail (modification continue des compétences en lien avec l’évolution des situations de travail). »

Si bien que « les titulaires d’un même groupe professionnel ne réalisent plus tout à fait la même activité selon le contexte de travail dans laquelle ils sont. Il y a alors une tendance réelle à l’institutionnalisation de l’activité (alors même que les organisations parlent de professionnalisation !) » se traduisant par un contrôle organisationnel plus fort et une diminution du pouvoir de contrôle
des groupes professionnels sur leur activité.

Ce paradoxe apparent trouve probablement son explication dans le fait que les organisations cherchent à convertir les identités professionnelles au profit d’une culture d’organisation (fondée sur des principes d’efficacité et d’excellence). (p.14)

3- Processus de « fabrication » d’un professionnel par la formation et recherche d’une efficacité et d’une légitimité plus grande des pratiques de formation

Il s’agit de vouloir articuler étroitement travail et formation, ce qui se traduit par une recherche d’ancrage plus fort des actions de formation par rapport aux situations de travail. « Cette évolution prend, par exemple, la forme de dispositifs de formation partenariaux plus complexes et multi acteurs. L’enjeu consiste alors à questionner et à articuler trois moments habituellement séparés : l’acte de « production travaillée » (le travail dans l’entreprise), l’acte de réflexion/ recherche à propos des conditions de transformation des pratiques professionnelles et l’acte de formation. » (p.14)

La professionnalisation relève avant tout d’une intention sociale, dont l’initiative provient de l’organisation et/ou des individus.

Des conceptualisations variées, à statuts différents, en vue de caractériser les pratiques de professionnalisation

Etat des orientations théoriques : « comment la professionnalisation parvient à devenir ou non, dans les travaux existants, un enjeu et un objet théorique, alors même qu’elle relève d’abord d’intentions sociales »

1- La professionnalisation : entre constitution des professions et développement professionnel des individus

1.1. Les travaux anglosaxons : la constitution des professions (Wittorski parle de groupes professionnels)

1.2. Les travaux francophones : le développement professionnel et la rhétorique des groupes et des acteurs sociaux

La définition anglo-saxonne des professions est trop précise et trop rationnelle selon Bourdoncle, elle ne révèle pas l’aspect composite de l’activité (ex. enseignant = modèle artiste + don + artisan + ouvrier + ingénieur)

Bourdoncle (2000) distingue au moins 5 objets et sens du mot professionnalisation:

  • la professionnalisation de l’activité (devient rémunérée, elle s’enseigne…) ;
  • la professionnalisation du groupe exerçant l’activité (association pro, code de déontologie…) ;
  • la professionnalisation des savoirs (tendance à devenir abstraits, organisés et validés selon un critère d’efficacité et de légitimité) ;
  • la professionnalisation des personnes exerçant l’activité. « Il s’agit d’un processus d’acquisition de savoirs et de compétences professionnelles en situation réelle. Bourdoncle (1991) parle à cet endroit de « développement professionnel » entendu comme le processus d’amélioration des savoirs et capacités) et de construction d’une identité. Cela correspond à une dynamique de socialisation professionnelle » ;
  • la professionnalisation de la formation. Il s’agit de construire la formation de manière à ce qu’elle rende les individus capables d’exercer une activité économique déterminée.

La professionnalisation relève également d’une rhétorique et d’une dynamique de construction identitaire d’un groupe social.

2- La professionnalisation dans l’organisation, avec des pairs et au contact de l’action

Plusieurs travaux s’intéressent à la façon dont l’organisation (notions d’organisation qualifiante et apprenante), la présence d’un tiers (notion d’accompagnement) ou encore l’investissement dans une activité peuvent faciliter l’apprentissage et le développement professionnel. « Certains de ces travaux introduisent un lexique particulier (notamment les notions d’organisation qualifiante et apprenante, d’accompagnement) ayant valeur conjointe de modèle d’action et de modèle d’intelligibilité. De ce point de vue, ils semblent avoir un statut scientifique à éclaircir du fait qu’ils participent, dans le même temps, et probablement avant tout, de la proposition sociale de dispositifs. » (p.21)

2.1. l’apprentissage dans/de l’organisation : organisation qualifiante et apprenante

Wittorski définit le terme d’organisation qualifiante et la notion d’apprentissage organisationnel à l’aide d’une revue de littérature. Le premier fait référence au travail collectif, au travail par projet, à la formation-action, aux groupes participatifs. Le second relève d’un apprentissage intéressant l’organisation elle-même à des fins d’efficacité collective plus grande.

2.2. L’apprentissage médié par un tiers : l’accompagnement

Les dispositifs mis en oeuvre ont souvent pour fonction première l’aide à la mise en situation de travail, de manière à augmenter l’efficacité de celle-ci.

« Des configurations fluctuantes : le coaching et l’idée d’entraînement, le counselling et l’idée de conseil, le tutorat et l’apprentissage ou la socialisation (aujourd’hui le tuteur a davantage un rôle de facilitateur), le mentoring et l’idée d’éducation (venant des USA, « le mentor fait partie de ces figures d’accompagnement qui se justifient par le fait qu’un individu ne peut se développer par le seul contact avec des pairs : il a besoin d’être au contact avec les aînés » (Maela, 2002, p. 48)), le compagnonnage et l’idée de transmission, le sponsoring et l’idée de parrainage, la médiation (l’instauration d’un « tiers formant » : les expériences  d’autoformation, les pratiques de remédiation cognitive). » (p.24)

L’une des questions qui se pose ici est alors de mieux comprendre comment se réalise le développement professionnel dans l’acte d’accompagnement…

2.3. L’apprentissage-développement professionnel dans/depuis l’activité

6 thèses émergent des travaux actuels. L’auteur les décrit chacune en s’appuyant sur leurs auteurs.

  • A l’aide de situations variées dans lesquelles l’individu déploie une activité propice à son développement professionnel (Boterf, 2007) : l’autoformation accompagnée, les situations de travail simulées, les situations de travail accompagnées, les retours d’expérience,les situations en partage de pratiques, les voyages d’études, la rédaction de mémoires, lesrencontres professionnelles.
  • A l’aide d’une incorporation croissante des compétences à l’action au bénéfice d’une sélection et d’une hiérarchisation progressive de ces compétences. On développe des « automatismes » qui allègent la charge de W et permettent l’acquisition de compétences plus larges.
  • A l’aide de l’expérience. Considérée à la fois comme un acquis et un mode d’acquisition. Certains travaux considèrent l’expérience comme uneconstruction subjective à partir des actions réalisées par l’individu. Vue aussi comme un processus d’interprétation, de production de sens. Des auteurs distinguent l’apprentissage par exploration, de test exploratoire, de simple et de double boucle où l’apprentissage est d’abord inconscient puis devient conscient quand on réfléchit sur son action (Dewey, Kolb, Argyris et Schon)
  • A l’aide du contact avec nous-mêmes, les autres et notre environnement matériel (Galvani, Carré, Moisan).
  • A la faveur d’une co-détermination etd’une co-transformation activité-acteur(s). Ici l’étude du couple acteur et
    situation est essentielle pour comprendre les mécanismes de développement des personnes (Lave et Wenger, Pastré, Theureau, Hutchins, Savoyant…)
  • Selon le modèle du praticien réflexif : prendre de la distance par rapport à l’action (Argyris et Schon, Barbier…).

2.4. Articuler professionnalisation et développement professionnel

Wittorski renvoie à  ses propres travaux. Il cherche à répondre à la question : « comment articuler ce qui est du domaine de l’offre sociale de professionnalisation et ce qui relève des dynamiques de développement des sujets au sein de cette offre ?  »

Il distingue 6 vois de professionnalisation correspondant, au plan des dispositifs, à des cultures distinctes de travail, de recherche (recherche classique, recherche-action…) et de formation (formation magistrale, formation alternée, formation sur le tas, accompagnement…) et, au plan des dynamiques de développement professionnel des personnes, à des configurations distinctes
d’apprentissage/développement (apprendre dans l’action, depuis une réflexion sur l’action, par assimilation-intégration,…). Elles permettent également de caractériser les logiques de professionnalisation conjointes ou disjointes des individus, des activités et des organisations.

La professionnalisation est, selon lui, à la fois : une intention (traduit en dispositifs côté organisation) ; un processus de développement de process d’action (côté individu ou groupe) dans ces dispositifs, assorti souvent d’une demande, émanant des sujets, de reconnaissance par l’organisation ; une transaction (individu et organisation) en vue de l’attribution d’une professionnalité à l’individu à partir des process d’action développés. » (p.32)

Référence

Wittorski, R. (2008). La professionnalisation. Savoirs, 17(2), 11-38).

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