Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Le communautés de pratique : un point de vue situé sur l’apprentissage
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Peut-on séparer l’apprentissage des situations dans lesquelles il doit être utilisé ? Cette question peut sembler naïve mais elle résume la problématique fondamentale qui a conduit un groupe de chercheurs américains à interroger puis à défendre l’importance du contexte dans l’apprentissage, leur hypothèse centrale étant que l’apprentissage est avant tout un processus de participation à des pratiques sociales, à des « communautés de pratique ». Ils développent une perspective théorique qui tente de comprendre l’acquisition d’un savoir, quel qu’il soit, non plus sous l’angle d’une construction cognitive, mais comme un mode d’appartenance à des groupes sociaux. Pour eux, apprendre n’est pas le passage d’une connaissance déclarative à une connaissance procédurale ni une question de transfert, pas plus qu’un procédé de traitement de l’information. C’est avant tout une façon de participer à des pratiques sociales, un mode d’appartenance à une communauté, un processus de construction identitaire, une expérience de vie dans le monde imprégnée de significations.

C’est à travers les théories dites de « l’apprentissage situé » (situated learning) et, plus précisément, la théorie des communautés de pratique (communities of practice) développée par Jean Lave et Etienne Wenger que seront formalisés les phénomènes d’apprentissage à l’œuvre chez des personnes ordinaires (just plain folks) lors de leurs activités quotidiennes (au travail, à la maison…), c’est-à-dire en dehors de l’école ou de toute structure formative ou éducative formelle. Utilisé de façon intuitive et pour la première fois en 1991, le terme de communauté de pratique a d’abord servi à désigner des groupes sociaux divers (apprentis tailleurs, sages-femmes, alcooliques anonymes,…) qui mettaient en place dans leur organisation des espaces, des temps et des rencontres réservées à l’intégration et la transmission de savoirs. Mais cette notion deviendra centrale dans la théorie de l’apprentissage dit « situé  », situé non seulement dans le temps et dans l’espace mais aussi historiquement, culturellement, socialement. Elle sera employée d’abord comme descripteur pour expliquer les processus d’apprentissage, de formation de sens et d’identité dans une communauté, puis deviendra finalement une théorie sociale de l’apprentissage qui contiendra l’ensemble des phénomènes observés « en situation » lors de la participation à des communautés de pratique.

Lave et Wenger sont les fondateurs de la théorie l’apprentissage situé. Leurs travaux connaissent depuis quelques années un succès grandissant aussi bien dans le champ de la recherche que dans le champ professionnel de la formation des adultes, de la gestion des savoirs et des organisations en entreprise (Berry, 2008). Le développement de cette théorie s’illustre à travers quatre textes qui font aujourd’hui référence :

Situated learning : Legitimate peripheral participation, ouvrage co-écrit par Jean Lave et Etienne Wenger, paru en 1991 ;

Organizational learning and communities of practice: toward a unified view of working, learning and innovation, article de Brown et Duguid publié la même année;

Communities of practice: Learning, meaning and identity, écrit par Etienne Wenger, paru en 1998 et traduit en français en 2005 sous le titre : La théorie des communautés de pratique : Apprentissage, sens et identité ;

Cultivating communities of practice, co-écrit par Etienne Wenger, Richard McDermott et William Snyder, paru en 2002.

Parmi cet ensemble d’ouvrages, les trois premiers se distinguent car ils offrent clairement une perspective théorique et scientifique sur la question de l’apprentissage. Les deux premiers textes constituent le fondement théorique, le troisième la référence où Wenger parvient à modéliser le concept de communauté de pratiques tout en l’enrichissant et le développant sur le plan théorique. Quant au dernier, il se veut plus pragmatique et s’adresse à un public issu du monde de l’entreprise à qui il propose des moyens pour opérationnaliser la théorie (« 7 principes pour cultiver sa CoP »), la destinant à devenir un outil de gestion et de formation. Par ailleurs, Wenger est devenu consultant au service des organisations et ne semble plus travailler directement ni avec le centre de recherche dont il est issu, ni avec Jean Lave qui poursuit toujours ses travaux sur l’apprentissage situé.

Depuis les ouvrages de Wenger, on trouve des travaux scientifiques qui tentent de développer, affiner et discuter scientifiquement cette théorie ou qui l’emploient simplement pour analyser le caractère situé (situativity), construit et local de l’apprentissage. Mais ce qui est maintenant publié relève principalement d’une littérature « managériale » ou en direction de la formation professionnelle (ibid., 2008; Brougère, 2008).

Références :

Berry, V. Communautés de pratique : note de synthèse. Pratiques de formation – Analyses, 2008, vol. 54, n°54, p. 11-47.

Brougère, G. Jean Lave, de l’apprentissage situé à l’apprentissage aliéné. Pratiques de formation – Analyses, 2008, n°54, p. 49-63.

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