Communautés de pratique
Des écosystèmes pour l'apprentissage, le travail et l'innovation.
Les CoP : Un succès grandissant (?) et partagé
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L’intérêt grandissant dont les CoP sont l’objet est lisible dans la prolifération des travaux dans de nombreuses disciplines. L’évolution du nombre de publications anglophones et francophones illustrent ce succès. Pour le montrer, j’ai utilisé la base de données bibliographique Worldcat et le portail de revues Cairn. Pour le premier, j’ai effectué une recherche dans les mots-clés des publications à l’aide de la requête « communities of practice ». J’ai utilisé les guillemets pour recueillir uniquement les matériaux exploitant cette chaîne de caractères dans leurs mots-clés. Pour le second, j’ai effectué la même requête en français cette fois (« communautés de pratique ») avec une recherche dans le texte intégral, c’est-à-dire dans le titre, les mots-clés et le corps de texte. J’ai recueilli le nombre de publications annuelles par discipline.

La lecture du graphique suivant montre bien l’évolution des publications depuis l’apparition du terme dans la littérature scientifique :

Publications annuelles

Evolution du nombre de publications annuelles (arrêtée en juin 2014)

Le nombre de publications traitant de – ou se référant aux – CoP a connu une progression constante de 1991, date de l’apparition du terme dans des articles (Lave et Wenger, Brown et Duguid), jusqu’en 2010. Une accélération est visible aux alentours des années 2000, ce qui correspondrait à la sortie des ouvrages de Wenger (1998, 2002). Dans une moindre mesure, la courbe des écrits francophones épouse celle anglo-saxonne tandis que le terme n’apparaît qu’en 2001. L’ouvrage théorique de Wenger (1998) a été traduit en 2005 en français et a peut être contribué à la diffusion de son travail à partir de cette année. Il est visible qu’une littérature abondante s’est formée à la suite des textes fondateurs. Un fléchissement s’amorce depuis 2011, soit parce que la communauté scientifique se désintéresse du concept de CoP et qu’il a perdu de sa force, soit parce que les CoP ont donné naissance à de nombreux autres concepts de regroupement social dans lesquelles elles se sont diluées. C’est ce que laisse penser la multiplication de la terminologie qui entoure les CoP dans de nombreux travaux qui en font référence. À titre d’exemple, je peux citer les communautés de pratique dites intentionnelles (Bourhis, 2004), pilotées (Cohendet, 2010), inter-organisationnelles
(Létourneau, 2010), apprenantes (Vallet, 2012), professionnelles (Turoff, 2009), ou encore les communautés dites cognitives (Créplet, 2007), épistémiques (Cohendet, 2003), d’apprenance (Heutte, 2011), d’information (Gensollen, 2004), de partage de connaissance (Diaz, 2005), de création (Grandadam et al., 2010), d’innovation (Coakes et al., 2007), de service (Sainsaulieu, 2009). A côté de ces désignations cohabitent également des réseaux de pratique (Hildreth et al., 2004) ou des communautés d’apprentissage professionnelles (Leclerc, 2012). Bref, les CoP semblent avoir stimulé la production scientifique et donné naissance à de nombreux autres concepts plus ou moins proches.

En ce qui concerne la répartition disciplinaire des publications, les travaux en sciences de gestion, plus précisément en gestion des connaissances, représentent la littérature la plus abondante. Elle est suivie dans une moindre mesure des sciences de l’éducation, des sciences de l’information et de la communication (SIC) et de la sociologie :

répartition des publications

Répartition des publications sur le portail Cairn

Si la notion de CoP s’est propagée et a été diffusée largement, il semblerait que les chercheurs comme les praticiens l’ont adaptée à leurs besoins. De nombreux auteurs ont remanié et fait coïncider le concept de CoP pour le faire entrer dans la logique dominante de leur discipline, de leur organisation ou de leurs clients dans le cas des fournisseurs de services. Cela conduit à des interprétations diverses et variées du concept, parfois divergentes ou conflictuelles, si bien que des critiques récentes déplorent que le concept ait perdu sa cohérence et son pouvoir analytique (Murillo, 2011), et que celui-ci a été déplacé.

Référence

Michaël Nezet. Les communautés de pratique en entreprise sous l’angle de leur animation : analyse et enjeux. 2015.

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