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Une mode managériale ?
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Des auteurs comme Midler (1986) en France ou Abrahamson (1996, 1999) aux Etats-Unis ont montré que les concepts et les techniques managériales connaissent également des phénomènes de mode tels que nous les rencontrons dans le secteur vestimentaire ou artistique. La mode managériale intervient sur un mode de séduction qui attire « celui qui veut faire évoluer son organisation et qui voit que la méthode de gestion à la mode peut s’inscrire dans son projet. Pour celui-ci, la mode managériale constitue un atout décisif : il ne change pas pour suivre la mode, il utilise la mode pour promouvoir le changement » (Midler, 1986, p.75). Abrahamson trouve les origines de ces modes managériales dans les discours attractifs des sociétés de consultants, des leaders d’opinion, des médias ou encore des écoles de gestion et de management qui trouvent auprès des entreprises un marché captif. Ainsi, pour soutenir leur image de « créateurs de mode », d’innovateurs, ils s’efforcent de donner du sens aux préférences collectives qui émergent autour de nouvelles techniques de gestion, de développer des rhétoriques pour décrire ces techniques et les transformer en vecteurs de progrès pour les gestionnaires et, enfin, de disséminer ces rhétoriques auprès des managers et des parties prenantes (« organisational stakeholders ») avant tout le monde, leurs concurrents. Le jugement esthétique que les managers peuvent porter sur la qualité rhétorique (élégance, précision, portée…) des consultants, des gestionnaires ou des éditeurs de logiciels collaboratifs « sociaux » en font un concept « bien trouvé ». En cela, le discours sur les CoP tel que véhiculé en direction des gestionnaires de connaissance ou encore vers les responsables de ressources humaines ou de formation offrent des remèdes et présentent des analyses considérées comme « belles » parce qu’également « scientifiques ». Benders et van Veen (2001, p.40) abondent en précisant que ces modes se diffusent grâce à des désaccords sur la définition, ce qui aboutit à de nombreuses adaptations.

Force est de constater que le concept de CoP est soumis à ce même processus. Nombre d’écoles de management, de consultants et d’éditeurs de logiciels de type réseaux sociaux d’entreprise (RSE) discourent sur les CoP pour vanter leurs bienfaits, les façons de les « cultiver » pour en retirer des bénéfices et, le cas échéant, proposer leurs services. Cette rhétorique trouve un écho favorable et elle est relayée par tous les intervenants interrogés dès lors qu’ils ont pris connaissance du concept soit à travers des lectures, soit dans des réunions ou des conférences organisées par des consultants ou des éditeurs qui prennent soin d’inviter généralement un de leurs clients pour faire un retour d’expérience positif auprès de leurs pairs en demande.

Bibliographie

ABRAHAMSON, E. Management fashion. Academy of management review, 1996, vol. 21, n°1, p. 254–285.

ABRAHAMSON, E., FAIRCHILD, G. Management Fashion: Lifecycles, Triggers, and Collective Learning Processes. Administrative Science Quarterly, 1999, vol. 44, n°4, p. 708-740.

BENDERS, J., VAN VEEN, K. What’s in a Fashion? Interpretative Viability and Management Fashions. Organization, 2001, vol. 8, n°1, p. 33-53.

MIDLER, C. La logique de la mode managériale. Gérer et Comprendre, 1986, n°3, p. 74-85.

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